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Petits écrits philosophiques et religieux

Blaise Pascal

FRAGMENT DE PRÉFACE POUR LE TRAITÉ DU VIDE
ENTRETIEN DE M. PASCAL ET DE M. DE SACY, SUR LA LECTURE D'ÉPICTÈTE ET DE
MONTAIGNE

DE L'ESPRIT GÉOMÉTRIQUE
DE L'ART DE PERSUADER.
COMPARAISON DES CHRÉTIENS DES PREMIERS TEMPS AVEC CEUX D'AUJOURD'HUI
SUR LA CONVERSION DU PÉCHEUR
TROIS DISCOURS SUR LA CONDITION DES GRANDS
DISCOURS SUR LES PASSIONS DE L'AMOUR


FRAGMENT DE PRÉFACE POUR LE TRAITÉ DU VIDE

Le respect que l'on porte à l'antiquité est aujourd'hui à tel point, dans les matières où il doit avoir moins
de force, que l'on se fait des oracles de toutes ses pensées, et des mystères même de ses obscurités; que

l'on ne peut plus avancer de nouveautés sans péril, et que le texte d'un auteur suffit pour détruire les plus

fortes rai sons

Ce n'est pas que mon intention soit de corriger un vice par un autre, et de ne faire nulle estime des
anciens, parce que l'on en fait trop. Je ne prétends pas bannir leur autorité pour relever le raisonnement

tout seul, quoique l'on veuille établir leur autorité seule au préjudice du raisonnement (I)

Pour faire cette importante distinction avec attention, il faut considérer que les unes dépendent seulement
de la mémoire et sont purement historiques, n'ayant pour objet que de savoir ce que les auteurs ont écrit;

les autres dépendent seulement du raisonnement, et sont entièrement dogmatiques, ayant pour objet de

chercher et découvrir les vérités cachées. Celles de la première sorte sont bornées, autant que les livres

dans lesquels elles sont contenues

C'est suivant cette distinction qu'il faut régler différemment l'étendue de ce respect. Le respect que l'on
doit avoir pour

Dans les matières où l'on recherche seulement de savoir ce que les auteurs ont écrit, comme dans
l'histoire, dans la géographie, dans la jurisprudence, dans les langues et surtout dans la théologie, et enfin

dans toutes celles qui ont pour principe, ou le fait simple, ou l'institution divine ou humaine, il faut

nécessairement recourir à leurs livres, puisque tout ce que l'on en peut savoir y est contenu d'où il est

évident que l'on peut en avoir la connaissance entière et qu'il n'est pas possible d'y rien ajouter.

S'il s'agit de savoir qui fut le premier roi des Français; en quel lieu les géographes placent le premier
méridien; quels mots sont usités dans une langue morte, et toutes les choses de cette nature, quels autres

moyens que les livres pourraient nous y conduire? Et qui pourra rien ajouter de nouveau à ce qu'ils nous

en apprennent, puisqu'on ne veut savoir que ce qu'ils contiennent? C'est l'autorité seule qui nous en peut

éclaircir. Mais où cette autorité a la principale force, c'est dans la théologie, parce qu'elle y est

inséparable de la vérité, et que nous ne la connaissons que par elle: de sorte que pour donner la certitude

entière des matières les plus incompréhensibles à la raison, il suffit de les faire voir dans les livres sacrés

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