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Blaise Pascal - Pensées

cet avantage, tout grand qu'il est ; et l'on doit se contenter d'être estimé du petit nombre de ceux qui en
connaissent le prix.

[§] L'esprit croit naturellement, et la volonté aime naturellement. De sorte qu'à faute de vrais objets, il
faut qu'ils s'attachent aux faux.

[§] Plusieurs choses certaines sont contredites : plusieurs passent sans contradiction. Ni la contradiction
n'est marque de fausseté ; ni l'incontradiction n'est marque de vérité.

[§] César était trop vieux, ce me semble, pour s'aller amuser à conquérir le monde. Cet amusement était
bon à Alexandre : c'était un jeune homme qu'ils était difficile d'arrêter : mais César devait être plus mûr.

[§] Tout le monde voit qu'on travaille pour l'incertain, sur mer, en bataille, etc. Mais tout le monde ne
voit pas la règle des partis qui démontre qu'on le doit. Montaigne a vu qu'on s'offense d'un esprit boiteux,

et que la coutume fait tout. Mais il n'a pas vu la raison de cet effet. Ceux qui ne voient que les effets et

qui ne voient pas les causes, sont à l'égard de ceux qui découvrent les causes, comme ceux qui n'ont que

des yeux à l'égard de ceux qui ont de l'esprit. Car les effets sont comme sensibles, et les raisons sont

visibles seulement à l'esprit. et quoique ce soit par l'esprit que ces effets là se voient, cet esprit est à

l'égard de l'esprit qui voit les causes, comme les sens corporels sont à l'égard de l'esprit.

[§] Le sentiment de la fausseté des plaisirs présents, et l'ignorance de la vanité des plaisirs absents cause
l'inconstance.

[§] Si nous rêvions toutes les nuits la même chose, elle nous affecterait peut-être autant que les objets que
nous voyons tous les jours. et si un artisan était sûr de rêver toutes les nuits douze heures durant qu'il est

Roi, je crois qu'il serait presque aussi heureux qu'on Roi qui rêverait toutes les nuits douze heures durant

qu'il serait artisan. Si nous rêvions toutes les nuits que nous sommes poursuivis par des ennemis, et agitez

par ces fantômes pénibles, et qu'on passât tous les jours en diverses occupations, comme quand on fait un

voyage, on souffrirait presque autant que se cela était véritable, et on appréhenderait le dormir, comme

on appréhende le réveil, quand on craint d'entrer dans de tels malheurs en effet. et en effet il serait à peu

prés les mêmes maux que la réalité. Mais parce que les songes sont tous différents, et se diversifient, ce

qu'on y voit affecte bien moins que ce qu'on voit en veillant, à cause de la continuité, qui n'est pas

pourtant si continue et égale, qu'elle ne change aussi, mais moins brusquement, si ce n'est rarement,

comme quand on voyage ; et alors on dit : il me semble que je rêve : car la vie est un songe un peu moins

inconstant.

[§] Mais les Princes et les Rois se jouent quelquefois. Ils ne sont pas toujours sur leurs trônes ; ils s'y
ennuieraient. La grandeur a besoin d'être quittée pour être sentie.

[§] C'est une plaisante chose à considérer de ce qu'il y a des gens dans le monde qui ayant renoncé à
toutes les lois de Dieu et de la nature s'en sont faites eux-mêmes auxquelles ils obéissent exactement,

comme par exemple les voleurs, etc.

[§] Ces grands efforts d'esprit où l'âme touche quelquefois, sont choses où elle ne se tient pas. Elle y
faute seulement, mais pour retomber aussitôt.

[§] Pourvu qu'on sache la passion dominante de quelqu'un, on est assuré de lui plaire : et néanmoins
chacun a ses fantaisies contraires à son propre bien, dans l'idée même qu'il a du bien : et c'est un

bizarrerie qui déconcerte ceux qui veulent gagner leur affection.

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