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Blaise Pascal - Pensées

cela est divin.

[§] Ainsi le Messie a toujours été crû. La tradition d'Adam était encore nouvelle en Noé et en Moïse. Les
Prophètes l'on prédit depuis, en prédisant toujours d'autres choses, dont les événements qui arrivaient de

temps en temps à la vue des hommes marquaient la vérité de leur mission, et par conséquent celle de

leurs promesses touchant le Messie. Ils ont tous dit que la loi qu'ils avaient n'était qu'en attendant celle du

Messie ; que jusques là elle serait perpétuelle, mais que l'autre durerait éternellement ; qu'ainsi leur loi ou

celle du Messie dont elle était la promesse seraient toujours sur la terre. En effet elle a toujours duré ; et

JÉSUS-CHRIST est venu dans toutes les circonstances prédites. Il a fait des miracles, et les Apôtres aussi

qui ont converti les Païens ; et par là les Prophéties étant accomplies le Messie est prouvé pour jamais.

[§] La seule Religion contraire à la nature en l'état qu'elle est, qui combat tous nos plaisirs, et qui paraît
d'abord contraire au sens commun est la seule qui ait toujours été.

[§] Toute la conduite des choses doit avoir pour objet l'établissement et la grandeur de la Religion : les
hommes doivent avoir en eux-mêmes des sentiments conformes à ce qu'elle nous enseigne : et enfin elle

doit être tellement l'objet et le centre où toutes choses tendent, que qui en saura les principe puisse rendre

raison et de toute la nature de l'homme en particulier, et de toute la conduite du monde en général.

Sur ce fondement les impies prennent lieu de blasphémer la Religion Chrétienne, parce qu'ils la
connaissent mal. Ils s'imaginent qu'elle consiste simplement en l'adoration d'un Dieu considéré comme

grand, puissant, et éternel ; ce qui est proprement le Déisme presque aussi éloigné de la Religion

Chrétienne que l'Athéisme qui y est tout à fait contraire. Et delà ils concluent que cette religion n'est pas

véritable ; parce que si elle l'était il faudrait que Dieu se manifestât aux hommes par des preuves si

sensibles qu'il fût impossible que personne le méconnût.

Mais qu'il en concluent ce qu'ils voudront contre le Déisme, ils n'en concluront rien contre la Religion
Chrétienne qui reconnaît que depuis le péché Dieu ne se montre point aux hommes avec toute l'évidence

qu'il pourrait faire, et qui consiste proprement au mystère du Rédempteur, qui unissant en lui les deux

natures divine et humaine, a retiré les hommes de la corruption du péché pour les réconcilier à Dieu en sa

personne divine.

Elle enseigne donc aux hommes ces deux vérités, et qu'il y a un Dieu dont ils sont capables, et qu'il y a
une corruption dans la nature qui les en rend indignes. Il importe également aux hommes de connaître

l'un et l'autre de ces points ; et il est également dangereux à l'homme de connaître Dieu sans connaître sa

misère, et de connaître sa misère sans connaître le Rédempteur qui l'en peut guérir. Une seule de ces

connaissances fait ou l'orgueil des Philosophes qui ont connu Dieu et non leur misère, ou le désespoir des

Athées qui connaissent leur misère sans Rédempteur.

Et ainsi, comme il est également de la nécessité de l'homme de connaître ces deux points, il est aussi
également de la miséricorde de Dieu de nous les avoir fait connaître. La Religion Chrétienne le fait ; c'est

en cela qu'elle consiste.

Qu'on examine l'ordre du monde sur cela, et qu'on voie si toutes choses ne tendent pas à l'établissement
des deux chefs de cette Religion.

[§] Si l'on ne se connaît point plein d'orgueil, d'ambition, de concupiscence, de faiblesse, de misère et
d'injustice, on est bien aveugle. Et si en le connaissant on ne désire d'en être délivré que peut-on dire d'un

homme si peu raisonnable ? Que peut-on donc avoir Que de l'estime pour une Religion qui connaît si

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