bibliotheq.net - littérature française
 

Blaise Pascal - Pensées

; mais que ce soit pour la même vie pour laquelle Dieu nous l'a donné, et non pas pour un objet contraire.

Et en consentant à l'amour qu'Adam avait pour sa vie innocente, et que JÉSUS-CHRIST même à eu pour
la sienne, portons-nous à haïr une vie contraire à celle que JÉSUS-CHRIST a aimée, et n'appréhender

que la mort que JÉSUS-CHRIST a appréhendée, qui arrive à un corps agréable à Dieu ; mais non pas à

craindre une mort, qui punissant un corps coupable et purgeant un corps vicieux, nous doit donner des

sentiments tout contraires, si nous avons un peu de foi, d'espérance, et de charité.

C'est un des grands principes du Christianisme, que tout ce qui est arrivé à JÉSUS-CHRIST doit se
passer et dans l'âme et dans le corps de chaque Chrétien : que comme JÉSUS-CHRIST a souffert durant

sa vie mortelle, est ressuscité d'une nouvelle vie, et est monté au ciel, où il est assis à la droite de Dieu

son Père ; ainsi le corps et l'âme doivent souffrir, mourir, ressusciter, et monter au ciel.

Toutes ces choses s'accomplissent dans l'âme durant cette vie, mais non dans le corps.

L'âme souffre et meurt au péché dans la pénitence et dans le baptême. L'âme ressuscite à une nouvelle
vie dans ces sacrements. Et enfin l'Âme quitte la terre et monte au ciel en menant une vie céleste, ce qui

fait dire à Saint Paul, Conversatio nostra in cælis est. [Philip. 3, 20]

Aucune de ces choses n'arrive dans le corps durant cette vie, mais les mêmes choses s'y passent ensuite.

Car à la mort le corps meurt à sa vie mortelle : au Jugement il ressuscitera à une nouvelle vie : après le
Jugement il montera au ciel, et y demeurera éternellement.

Ainsi les mêmes choses arrivent au corps et à l'âme, mais en différents temps, et les changements du
corps n'arrivent que quand ceux de l'âme sont accomplis, c'est à dire après la mort : de sorte que la mort

est le couronnement de la béatitude de l'âme et le commencement de la béatitude du corps.

Voilà les admirables conduites de la sagesse de Dieu sur le salut des âmes : et Saint Augustin nous
apprend sur ce sujet, que Dieu en a disposé de la sorte, de peur que si le corps de l'homme fût mort et

ressuscité pour jamais dans le baptême, on ne fût entré dans l'obéissance de l'Évangile que par l'amour de

la vie ; au lieu que la grandeur de la foi éclate bien davantage lorsque l'on tend à l'immortalité par les

ombres de la mort. [cf. s. Aug. Cité de Dieu, XIII, 4]

[§] Il n'est pas juste que nous soyons sans ressentiment et sans douleur dans les afflictions et les accidents
fâcheux qui nous arrivent comme des Anges qui n'ont aucune sentiment de la nature : il n'est pas juste

aussi que nous soyons sans consolation comme des Païens qui n'ont aucun sentiment de la grâce : mais il

est juste que nous soyons affligés et consolés comme Chrétiens, et que la consolation de la grâce

l'emporte par dessus les sentiments de la nature ; afin que la grâce soit non seulement en nous, mais

victorieuse en nous ; qu'ainsi en sanctifiant le nom de notre Père, sa volonté devienne la nôtre ; que sa

grâce règne et domine sur la nature ; et que nos afflictions soient comme la matière d'un sacrifice que sa

grâce consomme et anéantisse pour la gloire de Dieu ; et que ces sacrifices particuliers honorent et

préviennent les sacrifice universel où la nature entière doit être consommée par la puissance de

JÉSUS-CHRIST.

Ainsi nous tirerons avantage de nos propres imperfections, puisqu'elles serviront de matière à cet
holocauste ; car c'est le but des vrais Chrétiens de profiter de leurs propres imperfections, parce que tout

coopère en bien pour les élus.

Et si nous y prenons garde de prés nous trouverons de grands avantages pour notre édification en

< page précédente | 78 | page suivante >

 
La plupart des textes et des images de ce site font partie du domaine public. Les droits d'auteur pour la présentation des matériaux
et le design du site appartiennent à bibliotheq.net. Toute suggestion et correction est la bienvenue.