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Blaise Pascal - Pensées

ait passé par les souffrances, pour entrer en sa gloire : (Luc. 24. 26.) et quoiqu'il fût fils de Dieu, il a fallu
qu'il ait appris l'obéissance. (Hebr. 5. 8.) Mais aux jours de sa chair ayant offert avec un grand cri et avec

larmes ses prières et ses supplications à celui qui le pouvait tirer de la mort, il a été exaucé selon son

humble respect pour son Père ; ( Ibid. ) et Dieu l'a ressuscité, et il lui a envoyé sa gloire figurée autrefois

par le feu du ciel qui tombait sur les victimes, pour brûler et consumer son corps, et le faire vivre de la

vie de la gloire. C'est ce que JÉSUS-CHRIST a obtenu, et qui a été accompli par sa résurrection.

Ainsi ce sacrifice étant parfait par la mort de JÉSUS-CHRIST, et consommé même en son corps par sa
résurrection, où l'image de la chair du péché, a été absorbée par la gloire, JÉSUS-CHRIST avait tout

achevé de sa part ; et il ne restait plus sinon que le sacrifice fût accepté de Dieu, et que comme la fumée

s'élevait, et portait l'odeur au trône de Dieu, aussi JÉSUS-CHRIST fût en cet état d'immolation parfaite

offert, porté, et reçu au trône de Dieu même : et c'est ce qui a été accompli en l'ascension, en laquelle il

est monté et par sa propre force et par la force de son Saint Esprit qui l'environnait de toutes parts. Il a été

enlevé ; comme la fumée des victimes qui est la figure de JÉSUS-CHRIST était portée en haut par l'air

qui soutenait qui est la figure du Saint Esprit : et les Actes des Apôtres nous marquent expressément qu'il

fût reçu au ciel, pour nous assurer que ce saint sacrifice accompli en terre a été accepté, et reçu dans le

sein de Dieu.

Voilà l'état des choses en notre souverain Seigneur. Considérons les en nous maintenant. Lors que nous
entrons dans l'Église qui est le monde des fidèles et particulièrement des élus, où JÉSUS-CHRIST entra

dés le moment de son incarnation par un privilège particulier au fils unique de Dieu, nous somme offerts

et sanctifiés. Ce sacrifice se continue par la vie, et s'accomplit à la mort, dans laquelle l'âme quittant

véritablement tous les vices et l'amour de la terre dont la contagion l'infecte toujours durant cette vie, elle

achève son immolation et est reçue dans le sein de Dieu.

Ne nous affligeons donc pas de la mort des fidèles, comme les Païens qui n'ont point d'espérance. Nous
ne les avons pas perdus au moment de leur mort. Nous les avions perdus pour ainsi dire dés qu'ils étaient

entrés dans l'Église par le baptême. Dès lors ils étaient à dieu : leurs actions ne regardaient le monde que

pour Dieu. Dans leur mort ils se sont entièrement détachés des péchés ; et c'est en ce moment qu'ils ont

été reçus de Dieu, et que leur sacrifice a reçu son accomplissement et son couronnement.

Ils ont fait ce qu'ils avaient voué : ils ont achevé l'oeuvre que Dieu leur avait donné à faire : ils ont
accompli la seule chose pour laquelle ils avaient été créés. La volonté de Dieu s'est accomplie en eux ; et

leur volonté est absorbée en Dieu. Que notre volonté ne sépare donc pas ce que Dieu a uni ; et étouffons

ou modérons par l'intelligence de la vérité les sentiments de la nature corrompue et déçue, qui n'a que de

fausses images, et qui trouble par ses illusions la sainteté des sentiments que la vérité de l'Évangile nous

doit donner.

Ne considérons donc plus la mort comme des Païens, mais comme des Chrétiens, c'est à dire avec
l'espérance, comme Saint Paul l'ordonne, puisque c'est le privilège spécial des Chrétiens. Ne considérons

plus un corps comme une charogne infecte, car la nature trompeuse le figure de la sorte, mais comme le

temple inviolable et éternel du Saint Esprit, comme la foi nous l'apprend.

Car nous savons que les corps des Saints sont habités par le Saint Esprit jusques à la résurrection qui se
fera par la vertu de cet Esprit qui réside en eux pour cet effet. C'est le sentiment des Pères. C'est pour

cette raison que nous honorons les reliques des morts : et c'est sur ce vrai principe que l'on donnait

autrefois l'Eucharistie dans la bouche des morts ; parce que comme on savait qu'ils étaient le temple du

Saint Esprit, on croyait qu'ils méritaient d'être aussi unis à ce Saint Sacrement. Mais l'Église a changé

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