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Blaise Pascal - Pensées
imposée à l'homme, pour expier son crime ; nécessaire à l'homme, pour le purger du péché ; que c'est la seule qui peut délivrer l'âme de la concupiscence des membres, sans laquelle les Saints ne vivent point en ce monde. Nous savons que la vie et la vie des Chrétiens est un sacrifice continuel, qui ne peut être achevé que par la mort : nous savons que JÉSUS-CHRIST entrant au monde s'est considéré et s'est offert à Dieu comme un holocauste et une véritable victime ; que sa naissance, sa vie, sa mort, sa résurrection, son ascension, sa séance éternelle à la droite de son Père, et sa présence dans l'eucharistie ne sont qu'un seul et unique sacrifice : nous savons que ce qui est arrivé en JÉSUS-CHRIST doit arriver en tous ses membres.
Considérons donc la vie comme un sacrifice ; et que les accidents de la vie ne fassent d'impression dans l'esprit des Chrétiens qu'à proportion qu'ils interrompent ou qu'ils accomplissent ce sacrifice. n'appelons mal que ce qui rend la victime du diable en Adam victime de Dieu ; et sur cette règle examinons la nature de la mort.
Pour cela il faut recourir à la personne de JÉSUS-CHRIST ; car comme Dieu ne considère les hommes que par le médiateur JÉSUS-CHRIST, les hommes aussi ne devraient regarder ni les autres, ni eux mêmes que médiatement par JÉSUS-CHRIST.
Si nous ne passons par ce milieu nous ne trouvons en nous que de véritables malheurs, ou des plaisirs abominables ; mais si nous considérons toutes choses en JÉSUS-CHRIST, nous trouverons toute consolation, toute satisfaction, toute édification.
Considérons donc la mort en JÉSUS-CHRIST, et non pas sans JÉSUS- CHRIST. Sans JÉSUS-CHRIST elle est horrible, elle est détestable, et l'horreur de la nature. En JÉSUS-CHRIST elle est tout autre : elle est aimable, sainte, et la joie du fidèle. Tout est doux en JÉSUS-CHRIST jusqu'à la mort ; et c'est pourquoi il a souffert, et est mort pour sanctifier la mort et les souffrances ; et comme Dieu et comme homme il a été tout ce qu'il y a de grand, et tout ce qu'il y a d'abject ; afin de sanctifier en soi toutes choses excepté le péché, et pour être le modèle de toutes les conditions.
Pour considère ce que c'est que la mort et la mort en JÉSUS-CHRIST, il faut voir quel rang elle tient dans son sacrifice continuel et sans interruption, et pour cela remarquer que dans les sacrifices la principale partie est la mort de l'hostie. L'oblation, et la sanctification qui précèdent son des dispositions ; mais l'accomplissement est la mort, dans laquelle, par l'anéantissement de la vie, la créature rend à Dieu tout l'hommage dont elle est capable en s'anéantissant devant les yeux de sa Majété et en adorant la souveraine existence, qui existe seule essentiellement. Il est vrai qu'il y a encore une autre partie après la mort de l'hostie, sans laquelle sa mort est inutile ; c'est l'acceptation que Dieu fait du sacrifice. C'est ce qui est dit dans l'Écriture : et odoratus est dominus odorem suavitatis, (Gen. 8. 11.) et Dieu a reçu l'odeur du sacrifice. C'est véritablement celle-là qui couronne l'oblation ; mais elle est plutôt une action de Dieu vers la créature, que de la créature vers Dieu, et elle n'empêche pas que la dernière action de la créature ne soit la mort.
Toutes ces choses ont été accomplies en JÉSUS-CHRIST, en entrant au monde. Il s'est offert : obtulit semet ipsum per Spiritum Sanctum. (Hebr. 9. 14.) Ingrediens mundum dixit : ecce venio : in capite libri scriptum est de me, ut faciem, Deus, voluntatem tuam. (Hebr. 10. 5. 7.) Il s'est offert lui même par le Saint Esprit. Entrant dans le monde, il a dit : Seigneur, les sacrifices ne vous sont point agréables ; mais vous m'avez formé un corps. Alors j'ai dit : me voici ; je viens selon qu'il est écrit de moi dans le livre, pour faire, mon Dieu, votre volonté ; (Ps. 39. [ : ]) Voilà son oblation. Sa sanctification a suivi immédiatement son oblation. Ce sacrifice a duré toute sa vie, et a été accompli par sa mort. Il a fallu qu'il
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