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Blaise Pascal - Pensées

lui. Il faudra se battre sur cela. Il a quatre laquais, et je n'en ai qu'un. Cela est visible ; il n'y a qu'à
compter ; c'est à moi de céder ; et je suis un sot si je le conteste. Nous voilà en paix par ce moyen, ce qui

est le plus grand des biens.

[§] Le temps amortit les afflictions et les querelles ; parce qu'on change, et qu'on devient comme un autre
personne. Ni l'offensant, ni l'offensé ne sont plus les mêmes. C'est comme un peuple qu'on a irrité, et

qu'on reverrait après deux générations. Ce sont encore les François, mais non les mêmes.

[§] Il est indubitable que l'âme est mortelle, ou immortelle. Cela doit mettre une différence entière dans la
morale. Et cependant les Philosophes ont conduit la morale indépendamment de cela. Quel étrange

aveuglement !

[§] Le dernier acte est toujours sanglant, quelque belle que soit la comédie en tout le reste. On jette enfin
de la terre sur la tête, et en voilà pour jamais.

XXX. Pensées sur la mort, qui ont été extraites d'une lettre écrite par Monsieur Pascal sur le sujet de
la mort de Monsieur son Père.

Quand nous sommes dans l'afflictions à cause de la mort de quelque personne pour qui nous avions de
l'affection, ou pour quelque autre malheur qui nous arrive, nous ne devons pas chercher de la consolation

dans nous-mêmes, ni dans les hommes, ni dans tout ce qui est créé ; mais nous la devons chercher en

Dieu seul. Et la raison en est que toutes les créatures ne sont pas la première cause des accidents que

nous appelons maux, mais que la providence de Dieu en étant l'unique et véritable cause, l'arbitre et la

souveraine, il est indubitable qu'il faut recourir directement à la source, et remonter jusques à l'origine

pour trouver un solide allégement. Que si nous suivons ce précepte, et que nous considérions cette mort

qui nous afflige, non pas comme un effet du hasard ni comme une nécessité fatale de la nature, ni comme

le jouet des éléments et des parties qui composent l'homme (car Dieu n'a pas abandonné ses élus au

caprice du hasard) mais comme une suite inévitable, juste, et sainte d'un arrêts de la providence de Dieu,

pour être exécuté dans la plénitude de son temps ; et enfin que tout ce qui est arrivé a été de tout temps

présent et préordonné en Dieu : si, dis-je, par un transport de grâce nous regardons cet accident, non dans

lui même et hors de Dieu, mais hors de lui même, et dans la volonté même de Dieu, dans la justice de son

arrêts, dans l'ordre de sa providence qui en est la véritable cause, sans qui il ne fût pas arrivé, par qui

seule il est arrivé, et de la manière dont il est arrivé, nous adorerons dans un humble silence la hauteur

impénétrable de ses secrets : nous vénérerons la sainteté de ses arrêts : nous bénirons la conduite de sa

providence : et unissant notre volonté à celle de Dieu même, nous voudrons avec lui, en lui, et pour lui, la

chose qu'il a voulue en nous, et pour nous de toute éternité.

[§] Il n'y a de consolation qu'en la vérité seule. Il est sans doute que Sénèque et Socrate n'ont rien qui
nous puisse persuader et consoler dans ces occasions. Ils ont été sous l'erreur qui a aveuglé tous les

hommes dans le premier ; ils ont tous pris la mort comme naturelle à l'homme ; et tous les discours qu'ils

ont fondés sur ce faux principe sont si vains et si peu solides, qu'ils ne servent qu'à montrer par leur

inutilité, combien l'homme en général est faible, puisque les plus hautes productions de plus grands

d'entre les hommes sont si basses et si puériles.

Il n'en est pas de même de JÉSUS-CHRIST : il n'en est pas ainsi des livres Canoniques. La vérité y est
découverte, et la consolation y est jointe aussi infailliblement qu'elle est infailliblement séparée de

l'erreur. Considérons donc la mort dans la vérité que le Saint Esprit nous a apprise. Nous avons cet

admirable avantage de connaître que véritablement et effectivement la mort est une peine du péché,

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