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Blaise Pascal - Pensées
s'emploient à le chercher ne l'ayant pas encore trouvé ; et d'autres enfin qui vivent sans le chercher ni l'avoir trouvé. Les premiers sont raisonnables, et heureux. Les derniers sont fous, et malheureux. Ceux du milieu sont malheureux, et raisonnables.
[§] La raison agit avec lenteur, et avec tant de vues et de principes différents qu'elle soit avoir toujours présents, qu'à toute heure elle s'assoupit, ou elle s'égare, faute de les voir tous à la fois. Il n'en est pas ainsi du sentiment. Il agit en un instant, et toujours est prêt à agir. Il faut donc, après avoir connu la vérité par la raison, tâcher de la sentir, et de mettre notre foi dans le sentiment du coeur ; autrement elle sera toujours incertaine et chancelante.
[§] Il est de l'essence de Dieu, que sa justice soit infinie aussi bien que sa miséricorde. Cependant sa justice et sa sévérité envers les réprouvés est encore moins étonnante que sa miséricorde envers les élus.
XXIX. Pensées Morales.
LES sciences ont deux extrémités qui se touchent. La première est la pure ignorance naturelle, où se trouvent tous les hommes en naissant. L'autre extrémité est celle où arrivent les grandes âmes, qui ayant parcouru tout ce que les hommes peuvent savoir, trouvent qu'ils ne savent rien, et se rencontrent dans cette même ignorance d'où ils étaient partis. Mais c'est une ignorance savante qui se connaît. Ceux d'entre deux qui sont sortis de l'ignorance naturelle, et n'ont pu arriver à l'autre, ont quelque teinture de cette science suffisante, et font les entendus. Ceux là troublent le monde, et jugent plus mal de tout que les autres. Le peuple et les habiles composent pour l'ordinaire le train du monde. Les autres le méprisent et en sont méprisés.
[§] Le peuple honore les personnes de grande naissance. Les demi habiles les méprisent, disant que la naissance n'est pas un avantage de la personne, mais du hasard. Les habiles les honorent, non par la pensée du peuple, mais par une pensée plus relevée. Certains zélés qui n'ont pas grande connaissance les méprisent malgré cette considération qui les fait honorer par les habiles ; parce qu'ils en jugent par une nouvelle lumière que la piété leur donne. Mais les Chrétiens parfaits les honorent par une autre lumière supérieure. Ainsi se vont les opinions, succédant du pour au contre, selon qu'on a de lumière.
[§] L'âme aime la main ; et la main, si elle avait une volonté, devrait s'aimer de la même sorte que l'âme l'aime. Tout amour qui va au delà est injuste.
Qui adhæret Domino, unus spiritus est (I Cor. 6. 17.). On s'aime, parce qu'on est membre du corps dont JÉSUS-CHRIST est le chef. On aime JÉSUS- CHRIST parce qu'il est le chef du corps dont on est membre. Tout est un : l'un est en l'autre. Si les pieds et les mains avaient une volonté particulière, jamais ils ne seraient dans leur ordre, qu'en soumettant cette volonté particulière à la volonté première qui gouverne le corps entier. Hors de là ils sont dans le désordre et dans le malheur. Mais en ne voulant que le bien du corps, ils font leur propre bien.
[§] La concupiscence et la force sont les sources de toutes nos actions purement humaines. La concupiscence fait les volontaires, la forces les involontaires.
[§] D'où vient qu'un boiteux ne nous irrite pas, et qu'un esprit boiteux nous irrite ? C'est à cause qu'un boiteux reconnaît que nous allons droit, et qu'un esprit boiteux dit que c'est nous qui boitons. Sans cela nous en aurions plus de pitié que de colère.
Épictète demande aussi pourquoi nous ne nous fâchons pas, si on dit que nous avons mal à la tête, et que
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