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Blaise Pascal - Pensées

ceux qui seraient prêts à consentir au mensonge, qu'ils ne le doivent pas croire, quelque avantage qui
nous en revint. De même nous les devons avertir, qu'ils ne doivent pas s'attacher à nous : car il faut qu'ils

passent leur vie à plaire à Dieu, ou à le chercher.

[§] C'est être superstitieux de mettre son espérance dans les formalités, et dans les cérémonies ; mais c'est
être superbe de ne vouloir pas s'y soumettre.

[§] Toutes les Religions et toutes les sectes du monde ont eu la raison naturelle pour guide. Les seuls
Chrétiens ont été astreints à prendre leurs règles hors d'eux-mêmes, et à s'informer de celles que

JÉSUS-CHRIST a laissées aux anciens pour nous être transmises. Il y a des gens que cette contrainte

lasse. Ils veulent avoir, comme les autres peuples, la liberté de suivre leurs imaginations. C'est en vain

que nous leur crions, comme les Prophètes faisaient autrefois aux Juifs : Allez au milieu de l'Église ;

informez vous des lois que les anciens lui ont laissées, et suivez ses sentiers. Ils répondent comme les

Juifs : Nous n'y marcherons pas ; nous voulons suivre les pensées de notre coeur, et être comme les

autres peuples. [I Rois 8, 20]

[§] Il y a trois moyens de croire, la raison, la coutume, et l'inspiration. La Religion Chrétienne, qui seule
a la raison, n'admet pas pour ses vrais enfants ceux qui croient sans inspiration. Ce n'est pas qu'elle

exclue la raison, et la coutume : au contraire, il faut ouvrir son esprit aux preuves par la raison, et s'y

confirmer par la coutume ; mais elle veut qu'on s'offre par l'humiliation aux inspirations, qui seules

peuvent faire le vrai et salutaire effet ; ne evacuetur crux Christi. [I Cor. 1, 17]

[§] Jamais on ne fait le mal si pleinement et si gaiement, que quand on le fait par un faux principe de
conscience.

[§] Les Juifs qui ont été appelés à dompter les nations et les Rois, ont été esclaves du péché ; et les
Chrétiens dont la vocation a été à servir, et à être sujets, sont les enfants libres.

[§] Est-ce courage à un homme mourant, d'aller dans la faiblesse, et dans l'agonie affronter un Dieu tout
puissant et éternel ?

[§] Je crois volontiers les histoires dont les témoins se font égorger.

[§] LA bonne crainte vient de la foi ; la fausse crainte vient du doute. La bonne crainte porte à
l'espérance, parce qu'elle naît de la foi, et qu'on espère au Dieu que l'on croit : la mauvaise porte au

désespoir, parce qu'on craint le Dieu auquel on n'a point de foi. Les uns craignent de le perdre, et les

autres de le trouver.

[§] Salomon et Job ont le mieux connu la misère de l'homme, et en ont le mieux parlé ; l'un le plus
heureux des hommes, et l'autre le plus malheureux ; l'un connaissant la vanité des plaisirs par expérience,

l'autre la réalité des maux.

[§] Dieu n'entend pas que nous soumettions notre créance à lui sans raison, et nous assujettir avec
tyrannie. Mais il ne prétend pas aussi nous rendre raison de toutes choses. Et pour accorder ces

contrariétés, il entend nous faire voir clairement des marques divines en lui, qui nous convainquent de ce

qu'il est, et s'attirer l'autorité par des merveilles et des preuves que nous ne puissions refuser, et qu'ensuite

nous croyions sans hésiter les choses qu'il nous enseigne, quand nous n'y trouverons pas d'autre raison de

les refuser, sinon que nous ne pouvons pas par nous mêmes connaître si elles sont ou non.

[§] Il n'y a que trois sortes de personnes ; les uns qui servent Dieu l'ayant trouvé ; les autres qui

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