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Blaise Pascal - Pensées
[§] A ceux qui ont de la répugnance pour la Religion, il faut commencer par leur montrer, qu'elle n'est point contraire à la raison ; ensuite qu'elle est vénérable, et en donner le respect ; après la rendre aimable, et faire souhaiter qu'elle fût vraie ; et puis montrer par les preuves incontestables qu'elle est vraie ; faire voir son antiquité, et sa sainteté par sa grandeur, et par son élévation ; et enfin qu'elle est aimable, parce qu'elle promet le vrai bien.
[§] Un mot de David, ou de Moïse, comme celui-ci, que Dieu circoncira les coeurs, [Deut. 30, 6] fait juger de leur esprit. que tous leurs autres discours soient équivoques, et qu'il soit incertain s'ils sont de Philosophes, ou de Chrétiens, un mot de cette nature détermine tout le reste. Jusque là l'ambiguïté dure, mais non pas après.
[§] De se tromper en croyant vraie la Religion Chrétienne, il n'y a pas grand chose à perdre. Mais quel malheur de se tromper en la croyant fausse !
[§] Les conditions les plus aisée à vivre selon le monde sont les plus difficiles à vivre selon Dieu ; et au contraire. Rien n'est si difficile selon le monde que la vie Religieuse ; rien n'est plus facile que de la passer selon Dieu. Rien n'est plus aisé que d'être dans une grande charge, et dans de grands biens selon le monde ; rien n'est plus difficile que d'y vivre selon Dieu, et sans y prendre de part et de goût.
[§] L'ancien Testament contenait les figures de la joie future, et le nouveau contient les moyens d'y arriver. Les figures étaient de joie, les moyens sont de pénitence. Et néanmoins l'agneau Pascal était mangé avec des laitues sauvages, cum amaritudinibus, [Ex. 22, 8] pour marquer toujours qu'on ne pouvait trouver la joie que par l'amertume.
[§] Le mot de Galilée prononcé comme par hasard par la foule des Juifs, en accusant JÉSUS-CHRIST devant Pilate, donna sujet à Pilate d'envoyer JÉSUS- CHRIST à Hérode ; en quoi fut accompli le mystère, qu'il devait être jugé par les Juifs et les Gentils. Le hasard en apparence fut la cause de l'accomplissement du mystère.
[§] Un homme me disait un jour, qu'il avait grande joie et confiance en sortant de confession. Un autre me disait, qu'il était en crainte. Je pensai sur cela que de ces deux on en ferait un bon, et que chacun manquait encore en ce qu'il n'avait pas le sentiment de l'autre.
[§] Il y a plaisir d'être dans un vaisseau battu de l'orage, lorsqu'on est assuré qu'il ne périra point. Les persécutions qui travaillent l'Église sont de cette nature.
[§] Comme les deux source de nos péchés sont l'orgueil et la paresse, Dieu nous a découvert en lui deux qualités pour les guérir, sa miséricorde, et sa justice. Le propre de la justice est d'abattre l'orgueil, et le propre de la miséricorde est de combattre la paresse en invitant aux bonnes oeuvres, selon ce passage : La miséricorde de Dieu invite à pénitence [Rom. 2, 4], et cet autre : Faisons pénitence pour voir s'il n'aurait point pitié de nous [Jonas 3, 2]. Ainsi tant s'en faut que la miséricorde de Dieu autorise le relâchement, qu'il n'y a rien au contraire qui le combatte davantage ; et qu'au lieu de dire : s'il n'y avait point en Dieu de miséricorde, il faudrait faire toute sorte d'efforts pour accomplir ses préceptes ; il faut dire au contraire, que c'est parce qu'il y a en Dieu de la miséricorde, qu'il faut faire tout ce qu'on peut pour les accomplir.
[§] L'histoire de l'Église doit proprement être appelée l'histoire de la vérité.
[§] Tout ce qui est au monde est concupiscence de la chair, ou concupiscence des yeux, ou orgueil de la
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