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Blaise Pascal - Pensées

personne des incirconcis. Ils jugent plus sûr que Dieu approuve ceux qu'il remplit de son Esprit, que non
pas qu'il faille observer la loi. Ils savaient que la fin de la loi n'était que le S. Esprit ; et qu'ainsi puisqu'on

l'avait bien sans circoncision, elle n'était pas nécessaire.

[§] Deux lois suffisent pour régler toute la République Chrétienne, mieux que toutes les lois politiques,
l'amour de Dieu, et celui du prochain.

[§] La Religion est proportionnée à toute sorte d'esprits. Le commun des hommes s'arrête à l'état et à
l'établissement où elle est : et cette Religion est telle, que son seul établissement est suffisant pour en

prouver la vérité. Les autres vont jusqu'aux Apôtres. Les plus instruits vont jusqu'aux commencement du

monde. Les Anges la voient encore mieux, et de plus loin ; car ils la voient en Dieu même.

[§] Ceux à qui Dieu a donné la Religion par sentiments du coeur sont bien heureux, et bien persuadés.
Mais pour ceux qui ne l'ont pas, nous ne pouvons la leur procurer que par raisonnement, en attendant que

Dieu la leur imprime lui même dans le coeur, sans quoi la foi est inutile pour le salut.

[§] Dieu pour se réserver à lui seul le droit de nous instruire, et pour nous rendre la difficulté de notre être
inintelligible, nous en a caché le noeud si haut, ou pour mieux dire si bas, que nous étions incapables d'y

arriver. De sorte que ce n'est pas par les agitations de notre raison mais par la simple soumission de la

raison que nous pouvons véritablement nous connaître.

[§] Les impies qui font profession de suivre la raison doivent être étrangement forts en raison. Que
disent-ils donc ? Ne voyons nous pas, disent-ils, mourir et vivre les bêtes comme les hommes, et les

Turcs comme les Chrétiens ? Ils ont leurs cérémonies, leurs Prophètes, leurs Docteurs, leurs Saints, leurs

Religieux comme nous etc. Cela est-il contraire à l'Écriture ? Ne dit-elle pas tout cela ? Si vous ne vous

souciez guère de savoir la vérité, en voilà assez pour demeurer en repos. Mais si vous désirez de tout

votre coeur de la connaître, ce n'est pas assez : regardez au détail. C'en serait peut-être assez pour une

vaine question de Philosophie ; mais ici où il y va de toutS Et cependant après une réflexion légère de

cette sorte, on s'amusera, etc.

[§] C'est une chose horrible de sentir continuellement s'écouler tout ce qu'on possède, et qu'on s'y puisse
attacher, sans avoir envie de chercher s'il n'y a point quelque chose de permanent.

[§] Il faut vivre autrement dans le monde selon ces diverses suppositions : si n pouvait y être toujours :
s'il est sûr Qu'on n'y sera pas longtemps, et incertain si on y sera une heure. Cette dernière supposition est

la nôtre.

[§] Par les partis vous devez vous mettre en peine de rechercher la vérité. Car si vous mourez sans adorer
le vrai principe, vous êtes perdu. Mais, dites vous, s'il avait voulu que je l'adorasse, il m'aurait laissé des

signes de sa volonté. Aussi a-t-il fait ; mais vous les négligez. Cherchez-les du moins : cela le vaut bien.

[§] Les Athées doivent dire des choses parfaitement claires. Or il faudrait avoir perdu le sens pour dire
qu'il est parfaitement clair que l'âme est mortelle. Je trouve bon qu'on n'approfondisse pas l'opinion de

Copernic : mais il importe à toute la vie de savoir si l'âme est mortelle ou immortelle.

[§] Qui peut ne pas admirer et embrasser une Religion, qui connaît à fond ce qu'on reconnaît d'autant plus
qu'on a plus de lumière.

[§] Un homme qui découvre des preuves de la Religion Chrétienne est comme un héritier qui trouve des
titres de sa maison. Dira-t-il qu'ils sont faux ; et négligera-t-il de les examiner ?

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