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Blaise Pascal - Pensées
les Eutychiens au contraire, qu'il n'y eût qu'une nature parce qu'il n'y a qu'une personne. Les Catholiques sont Orthodoxes, parce qu'ils joignent ensemble les deux vérités de deux natures et d'une seule personne.
Nous croyons que la substance du pain étant changée en celle du corps de notre Seigneur JÉSUS-CHRIST, il est présent réellement au S. Sacrement. Voilà une des vérités. Une autre est, que ce Sacrement est aussi une figure de la croix, et de la gloire, et une commémoration des deux. Voilà la foi Catholique qui comprend ces deux vérités qui semblent opposées.
L'hérésie d'aujourd'hui ne concevant pas que ce Sacrement contient tout ensemble et la présence de JÉSUS-CHRIST, et sa figure, et qu'il soit sacrifice, et commémoration de sacrifice, croit qu'on ne peut admettre l'une de ces vérités, sans exclure l'autre.
Par cette raison ils s'attachent à ce point, que ce Sacrement est figuratif ; et en cela ils ne sont pas hérétiques. Ils pensent que nous excluons cette vérité ; et de là vient qu'ils nous font tant d'objections sur les passages des Pères qui le disent. Enfin ils nient la présence réelle ; et en cela ils sont hérétiques.
C'est pourquoi le plus court moyen pour empêcher les hérésies, est d'instruire de toutes les vérités : et le plus sûr moyen de les réfuter, est de les déclarer toutes.
[§] La grâce sera toujours dans le monde, et aussi dans la nature. Il y aura toujours des Pélagiens, et toujours des Catholiques ; parce que la première naissance fait les uns, et que la seconde naissance fait les autres.
[§] C'est l'Église qui mérite avec JÉSUS-CHRIST qui en est inséparable la conversion de tous ceux qui ne sont pas dans la véritable Religion. Et ce sont ensuite ces personnes converties qui secourent la mère qui les a délivrées.
[§] Le corps n'est non plus vivant sans le chef, que le chef sans le corps. Quiconque se sépare de l'un ou de l'autre n'est plus du corps, et n'appartient plus à JÉSUS-CHRIST. Toutes les vertus, le martyre, les austérités, et toutes les bonnes oeuvres sont inutiles hors de l'Église, et de la communion du chef de l'Église qui est le Pape.
[§] Ce sera une des confusions des damnés, de voir qu'il seront condamnés par leur propre raison, par laquelle ils ont prétendu condamner la Religion Chrétienne.
[§] Il faut juger de ce qui est bon ou mauvais, par la volonté de Dieu qui ne peut être ni injuste ni aveugle, et non pas par la notre propre, qui est toujours pleine de malice et d'erreur.
[§] JÉSUS CHRIST a donné dans l'Évangile cette marque pour reconnaître ceux qui ont la foi, qui est qu'ils parleront un langage nouveau. Et en effet le renouvellement des pensées et des désires cause celui des discours. Car ces nouveautés qui ne peuvent déplaire à Dieu, comme le vieil homme ne lui peut plaire, sont différentes des nouveautés de la terre, en ce que les choses du monde quelques nouvelles qu'elles soient vieillissent en durant, au lieu que cet esprit nouveau se renouvelle d'autant plus qu'il dure davantage. Notre vieil homme périt, dit Saint Paul, et se renouvelle de jour en jour [N. D. C. Col. 3, 9 - 10], et il ne sera parfaitement nouveau que dans l'éternité, où l'on chantera sans cesse ce Cantique nouveau dont parle David dans ses Psaumes [N. D. C. Ps 149], c'est-à-dire ce chant qui part de l'esprit nouveau de la charité.
[§] Quand Saint Pierre et les Apôtres délibèrent d'abolir la circoncision, où il s'agissait d'agir contre la loi de Dieu, ils ne consultent point les Prophètes, mais simplement la réception du Saint Esprit en la
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