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Blaise Pascal - Pensées
demeurer dans le plus étrange et le plus obscur secret de tous, savoir sous les espèces de l'Eucharistie. C'est ce Sacrement que S. Jean appelle dans l'Apocalypse une manne cachée [N. D. C. Apoc. 2,17] ; et je crois qu'Isaïe le voyait en cet état, lorsqu'il dit en esprit de prophétie : véritablement tu es un Dieu caché [N. D. C.. Is. 45, 15]. C'est là le dernier secret où il peut être. Le voile de la nature qui couvre Dieu a esté pénétré par plusieurs infidèles, qui, comme dit S. Paul, ont reconnu un Dieu invisible, par la nature visible [N. D. C.. Rom. 1, 20]. Beaucoup de Chrétiens hérétiques l'ont connu à travers son humanité, et adorent JÉSUS-CHRIST Dieu et homme. Mais pour nous, nous devons nous estimer heureux de ce que Dieu nous éclaire jusques à la reconnaître sous les espèces du pain et du vin.
On peut ajouter à ces considérations le secret de l'Esprit de Dieu caché encore dans l'Écriture. Car il y a deux sens parfaits, le littéral et le mystique ; et les Juifs s'arrêtant à l'un, ne pensent pas seulement qu'il y en ait un autre, et ne songent pas à le chercher. De même que les impies voyant les effets naturels, les attribuent à la nature, sans penser qu'il y en ait un autre auteur. Et comme les Juifs voyant un homme parfait en JÉSUS-CHRIST, n'ont pas pensé à y chercher un autre homme : Nous n'avons pas pensé que ce fût lui, dit encore Isaïe [N. D. C.. Is. 53, 3]. Et de même enfin que les hérétiques voyant les apparences parfaites de pain dans l'Eucharistie ne pensent pas à y chercher une autre substance. Toutes choses couvrent quelque mystère. Toutes choses sont des voiles qui couvrent Dieu. Les Chrétiens doivent le reconnaître en tout. Les afflictions temporelles couvrent les biens éternels où elles conduisent. Les joies temporelles couvrent les maux éternels qu'elles causent. Prions Dieu de nous le faire reconnaître et servir en tout ; et rendons lui des grâces infinies, de ce que s'estant caché en toutes choses pour tant d'autres, il s'est découvert en toutes choses et en tant de manières pour nous.
XXVIII. Pensées Chrétiennes.
LES impies qui s'abandonnent aveuglément à leurs passions sans connaître Dieu, et sans se mettre en peine de le chercher, vérifient par eux- mêmes ce fondement de la foi qu'ils combattent, qui est que la nature des hommes est dans la corruption. Et les Juifs qui combattent si opiniâtrement la Religion Chrétienne, vérifient encore cet autre fondement de cette même foi qu'ils attaquent, qui est que JÉSUS-CHRIST est le véritable Messie, et qu'il est venu racheter les hommes, et les retirer de la corruption et de la misère où ils étaient ; tant par l'état où l'on les voit aujourd'hui et qui se trouve prédit dans les prophéties, que par ces mêmes prophéties qu'ils portent, et qu'ils conservent inviolablement comme les marques auxquelles on doit reconnaître le Messie. Ainsi les preuves de la corruption des hommes, et de la rédemption de JÉSUS-CHRIST, qui sont les deux principales vérités du Christianisme, se tirent des impies qui vivent dans l'indifférence de la Religion, et des Juifs qui en sont les ennemis irréconciliables.
[§] La dignité de l'homme consistait dans son innocence à dominer sur les créatures, et à en user ; mais aujourd'hui elle consiste à s'en séparer, et à s'y assujettir.
[§] Il y a un grand nombre de vérités, et de foi, et de morale, qui semblent répugnantes et contraires, et qui subsistent toutes dans un ordre admirable.
La source de toutes les hérésies est l'exclusion de quelques unes de ces vérités. Et la source de toutes les objections que nous font les hérétiques est l'ignorance de quelques unes de nos vérités.
Et d'ordinaire il arrive que ne pouvant concevoir le rapport de deux vérités opposées, et croyant que l'aveu de l'une enferme l'exclusion de l'autre, ils s'attachent à l'une, et ils excluent l'autre.
Les Nestoriens voulaient qu'il y eût deux personnes en JÉSUS-CHRIST, parce qu'il y a deux natures : et
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