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Blaise Pascal - Pensées
C'est donc pour les personnes qui cherchent Dieu sincèrement, et qui reconnaissant leur misère désirent véritablement d'en sortir, qu'il est juste de travailler, afin de leur aider à trouver la lumière qu'ils n'ont pas.
Mais pour ceux qui vivent sans le connaître, et sans le chercher, ils se jugent eux-mêmes si peu dignes de leur soin, qu'ils ne sont pas dignes du soin des autres : et il faut avoir toute la charité de la Religion qu'ils méprisent pour ne les pas mépriser jusqu'à les abandonner dans leur folie. Mais parce que cette Religion nous oblige de les regarder toujours tant qu'ils seront en cette vie comme capables de la grâce qui peut les éclairer, et de croire qu'ils peuvent être dans peu de temps plus remplis de foi que nous ne sommes, et que nous pouvons au contraire tomber dans l'aveuglement où ils sont ; il faut faire pour eux ce que nous voudrions qu'on fît pour nous si nous étions en leur place, et les appeler à avoir pitié d'eux-mêmes, et à faire au moins quelque pas pour tenter s'ils ne trouveront point de lumière. Qu'ils donnent à le lecture de cet ouvrage quelques-unes de ces heures qu'ils emploient si inutilement ailleurs. Peut-être y rencontreront-ils quelque chose, ou du oins ils n'y perdront pas beaucoup. Mais pour ceux qui y apporteront une sincérité parfaite et un véritable désir de connaître la vérité, j'espère qu'il y auront satisfaction, et qu'ils seront convaincus des preuves d'une Religion si divine que l'on y a ramassées.
II. Marques de la véritable Religion
LA vraie Religion doit avoir pour marque d'obliger à aimer Dieu. Cela est bien juste. Et cependant aucune autre que la nôtre ne l'a ordonné. Elle doit encore avoir connu la concupiscence de l'homme, et l'impuissance où il est par lui-même d'acquérir la vertu. Elle doit y avoir apporté les remèdes dont la prière est le principal. Notre Religion a fait tout cela ; et nulle autre n'a jamais demandé à Dieu de l'aimer et de le suivre. .i.
[§] Il faut pour faire qu'une Religion soit vraie qu'elle ait connu notre nature. Car la vraie nature de l'homme, son vrai bine, la vraie vertu, et la vraie Religion sont choses dont la connaissance est inséparable. Elle doit avoir connu la grandeur et la bassesse de l'homme, et la raison de l'un et de l'autre. Quelle autre Religion que la Chrétienne a connu toutes ces choses ?
[§] Les autres Religions, comme les Païennes, sont plus populaires ; car elles consistant toutes en extérieur ; mais elles ne sont pas pour les gens habiles. Une Religion purement intellectuelles serait plus proportionnée aux habiles ; mais elle ne servirait pas au peuple. La seule Religion Chrétienne est proportionnée à tous, étant mêlée d'extérieur et d'intérieur. Elle élève le peuple à l'intérieur, et abaisse les superbes à l'extérieur, et n'est pas parfaite sans les deux. Car il faut que le peuple entende l'esprit de la lettre, et que les habiles soumettent leur esprit à la lettre, en pratiquant ce qu'il y a d'extérieur.
[§] Nous sommes haïssables ; la raison nous en convainc. Or nulle autre Religion que la Chrétienne ne propose de se haïr. Nulle autre Religion ne peut donc être reçue de ceux qui savent qu'ils ne sont dignes que de haine.
[§] Nulle autre Religion que la Chrétienne n'a connu que l'homme est la plus excellente créature, et en même temps la plus misérable. Les uns qui ont bien connu la réalité de son excellence ont pris pour lâcheté et pour ingratitude les sentiments bas que les hommes ont naturellement d'eux- mêmes. Et les autres qui ont bien connu combien cette bassesse est effective ont traité d'une superbe ridicule ces sentiments de grandeur qui sont aussi naturels à l'homme.
[§] Nulle Religion que la nôtre n'a enseigné que l'homme naît en péché. Nulle secte de Philosophes ne l'a
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