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Blaise Pascal - Pensées
Il s'élèvera de faux Christs, et des faux Prophètes qui feront des prodiges et des choses étonnantes, jusqu'à séduire, s'il était possibles, les élus mêmes (Marc. 13. 22.) ; et quelques autres semblables fassent contre l'autorité des miracles, que rien n'en marque davantage la force.
[§] Ce qui fait qu'on ne croit pas les vrais miracles, c'est le défaut de charité : Vous ne croyez pas, dit JÉSUS-CHRIST parlant aux Juifs, parce que vous n'estes pas de mes brebis (Ioan. 10. 26.). Ce qui fait croire les faux c'est le défaut de charité : Eo quod caritatem veritatis non receperunt ut salvi fierent, ideo mittet illis Deus operationem erroris, ut credant mendacio (2. Thess. 2. 10.).
[§] Lors que j'ai considéré d'où vient qu'on ajoute tant de foi à tant d'imposteurs qui disent qu'ils ont des remèdes, jusqu'à mettre souvent sa vie entre leurs mains, il m'a paru que la véritable cause de cela est qu'il y a de vrais remèdes ; car il ne serait pas possible qu'il y en eût tant de faux, et qu'on y donnât tant de créance, s'il n'y en avait de véritables. Si jamais il n'y en avait eu, et que tous les maux eussent esté incurables, il est impossible que les hommes se fussent imaginez qu'il en pourraient donner ; et encore plus que tant d'autres eussent donné créance à ceux qui se fussent vantez d'en avoir. De même que si un homme se vantait d'empêcher de mourir, personne ne le croirait, parce qu'il n'y a aucun exemple de cela. Mais comme il y a eu quantité de remèdes qui se sont trouvez véritables par la connaissance même des plus grands hommes, la créance des hommes s'est pliée par là ; parce que la chose ne pouvant être niée en général, puis qu'il y a des effets particuliers qui sont véritablement, le peuple qui ne peut pas discerner lesquels d'entre ces effets particuliers sont les véritables, les croit tous. De même ce qui fait qu'on croit tant de faux effets de la lune, c'est qu'il y en a de vrais, comme le flux de la mer.
Ainsi il me paraît aussi évidemment qu'il n'y a tant de faux miracles, de fausses révélations, de sortilèges, etc. que parce qu'il y en a de vrais ; ni de fausses Religions, que parce qu'il y en a une véritable. Car s'il n'y avait jamais eu rien de tout cela, il est comme impossible, que les hommes se le fussent imaginé, et encore plus que tant d'autres l'eussent crû. Mais comme il y a eu de très grandes choses véritables, et qu'ainsi elles ont esté crues par de grands hommes, cette impression a esté cause que presque tout le monde s'est rendu capable de croire aussi les fausses. Et ainsi au lieu de conclure, qu'il n'y a point de vrais miracles, puisqu'il y en a de faux, il faux dire au contraire, qu'il y a des vrais miracles, puisqu'il y en a tant de faux, et qu'il n'y en a de faux que par cette raison qu'il y en a de vrais ; et qu'il n'y a de même de fausses Religions, que parce qu'il y en a une véritable. Cela vient de ce que l'esprit de l'homme se trouvant plié de ce côté là par la vérité, devient susceptible par là de toutes les faussetés.
[§] Il est dit : croyez à l'Église ; mais il n'est pas dit : croyez aux miracles ; à cause que le dernier est naturel, et non pas le premier. L'un avait besoin de précepte, non pas l'autre.
[§] Il y a si peu de personnes à qui Dieu se fasse paraître par ces coups extraordinaires, qu'on doit bien profiter de ces occasions ; puisqu'il ne sort du secret de la nature qui le couvre, que pour exciter notre foi à le servir avec d'autant plus d'ardeur que nous le connaissons avec plus de certitude.
Si Dieu se découvrait continuellement, il n'y aurait point de mérite à le croire ; et s'il ne se découvrait jamais, il y aurait peu de foi. Mais il se cache ordinairement, et se découvre rarement à ceux qu'il veut engager dans son service. Cet étrange secret, dans lequel Dieu s'est retiré, impénétrable à la vue des hommes, est une grande leçon pour nous porter à la solitude, loin de la vue des hommes. Il est demeuré caché sous le voile de la nature, qui nous le couvre, jusques à l'incarnation ; et quand il a fallu qu'il ait paru, il s'est encore plus caché en se couvrant de l'humanité. Il était bien plus reconnaissable quand il était invisible, que non pas quand il s'est rendu visible. Et enfin quand il a voulu accomplir la promesse qu'il fit à ses Apôtres, de demeurer avec les hommes jusqu'à son dernier avènement, il a choisi d'y
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