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Blaise Pascal - Pensées

pas des miracles par la doctrine, mais de la doctrine par les miracles.

Aussi quand même la doctrine serait suspecte comme celle de JÉSUS- CHRIST pouvait l'être à
Nicodème, à cause qu'elle semblait détruire les traditions des Pharisiens, s'il y a des miracles clairs et

évidents du même côté, il faut que l'évidence du miracle l'emporte sur ce qu'il y pourrait avoir de

difficulté de la part de la doctrine ; ce qui est fondé sur ce principe immobile, que Dieu ne peut induire en

erreur.

Il y a un devoir réciproque entre Dieu et les hommes. Accusez moi, dit Dieu dans Isaïe (Isa. 18.). Et en
un autre endroit : Qu'ai-je dû faire à ma vigne, que je ne lui aie fait ? (ibid. 5. 42.)

Les hommes doivent à Dieu de recevoir la Religion qu'il leur envoie. Dieu doit aux hommes de ne les pas
induire en erreur.

Or ils seraient induits en erreur, si les faiseurs de miracles annonçaient une fausse doctrine qui ne parût
pas visiblement fausse aux lumières du sens commun, et si un plus grand faiseur de miracles n'avait déjà

averti de ne les pas croire.

Ainsi s'il y avait division dans l'Église, et que les Ariens, par exemple, qui se disaient fondez sur
l'Écriture comme les Catholiques, eussent fait des miracles, et non les Catholiques, on eût esté induit en

erreur. Car comme un homme qui nous annonces les secrets de Dieu n'est pas digne d'être crû sur son

autorité privée ; aussi un homme qui pour marque de la communication qu'il a avec Dieu ressuscite les

morts, prédit l'avenir, transporte les Montaignes, guérit les maladies, mérite d'être crû, et on est impie si

on ne s'y rend ; à moins qu'il ne soit démenti par quelque autre qui fasse encore de plus grands miracles.

Mais n'est-il pas dit que Dieu nous tente ? Et ainsi ne nous peut-il pas tenter par des miracles qui
semblent porter à la fausseté ?

Il y a bien de la différence entre tenter et induire en erreur. Dieu tente ; mais il n'induit pas en erreur.
Tenter c'est procurer les occasions qui n'imposent point de nécessité. Induire en erreur c'est mettre

l'homme dans la nécessité de conclure, et suivre une fausseté. C'est ce que Dieu ne peut faire, et ce qu'il

ferait néanmoins, s'il permettait que dans une question obscure il se fît des miracles du côté de la

fausseté.

On doit conclure delà, qu'il est impossible qu'un homme cachant sa mauvaise doctrine, et n'en faisant
paraître qu'une bonne, et se disant conforme à Dieu et à l'Église, fasse des miracles, pour couler

insensiblement une doctrine fausse et subtile : cela ne se peut. Et encore moins que Dieu, qui connaît les

coeurs, fasse miracles en faveur d'une personne de cette sorte.

[§] Il y a bien de la différence entre n'être pas pour JÉSUS-CHRIST et le dire ; ou n'être pas pour
JÉSUS-CHRIST et feindre d'en être. Les premiers pourraient peut-être faire des miracles, non les autres ;

car il est clair des uns, qu'ils font contre la vérité, non des autres ; et ainsi les miracles sont plus clairs.

Les miracles discernent donc aux choses douteuses, entre les peuples Juif, et Païens ; Juif, et Chrétien :
Catholique, hérétique ; calomniez, calomniateurs ; entre les trois croix.

C'est ce que l'on a vu dans tous les combats de la vérité contre l'erreur, d'Abel contre Caïn, de Moïse
contre les magiciens de Pharaon, d'Élie contre les faux Prophètes, de JÉSUS-CHRIST contre les

Pharisiens, de Saint Paul contre Barjesus, des Apôtres contre les Exorcistes, des Chrétiens contre les

infidèles, des Catholiques contre les hérétiques. Et c'est ce qui se verra aussi dans le combat d'Élie et

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