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Blaise Pascal - Pensées

miracles donnent de la vérité, qui est la fin principale des miracles.

[§] S'il n'y avait point de miracles joints à la fausseté, il y aurait certitude. S'il n'y avait point de règle
pour les discerner, les miracles seraient inutiles, et il n'y aurait pas de raison de croire.

Moïse en a donné une, qui est lorsque le miracle mène à l'idolâtrie (Deut. 13. 1. 2. 3. etc.) ; et que
JÉSUS-CHRIST une : Celui, dit-il, qui fait des miracles en mon nom, ne peut à l'heure même mal parler

de moi (Matt. 7. 38.). D'où il s'ensuit que quiconque se déclare ouvertement contre JÉSUS-CHRIST ne

peut faire de miracles en son nom. Ainsi s'il en fait, ce n'est point au nom de JÉSUS-CHRIST, et il ne

doit point être écouté. Voilà les occasions d'exclusion à la foi des miracles marquées. Il ne faut pas y

donner d'autres exclusions. Dans l'ancien Testament, quand on vous détournera de Dieu. Dans le

nouveau, quand on vous détournera de JÉSUS-CHRIST.

D'abord donc qu'on voit un miracle, il faut ou se soumettre, ou avoir d'étranges marques du contraire. Il
faut voir si celui qui le fait nie un Dieu, ou JÉSUS-CHRIST.

[§] Toute Religion est fausse, qui dans sa foi n'adore pas un Dieu comme principe de toutes choses, et qui
dans sa morale n'aime pas un seul Dieu comme objet de toutes choses.

Toute Religion qui ne reconnaît pas maintenant JÉSUS-CHRIST est notoirement fausse, et les miracles
ne lui peuvent de rien servir.

[§] Les Juifs avaient une doctrine de Dieu, comme nous en avons une de JÉSUS-CHRIST, et confirmée
par miracle, et défense de croire à tous faiseurs de miracles qui leur enseigneraient une doctrine contraire,

et de plus ordre de recourir aux grands Prêtres, et de s'en tenir à eux. Et ainsi toutes les raisons que nous

avons pour refuser de croire les faiseurs de miracles, il semble qu'ils les avaient à l'égard de

JÉSUS-CHRIST et des Apôtres.

Cependant il est certain, qu'ils étaient très coupables de refuser de les croire à cause de leurs miracles
puisque Jésus-Christ dit, qu'ils n'eussent pas esté coupables, s'ils n'eussent point vu ses miracles ; Si

opera non fecissem in eis qua nemo alius fecit, peccatum non haberent. Si je n'avais fait parmi eux des

oeuvres que jamais aucun autre n'a faites, ils n'auraient point de péché (Iean. 25. 24.).

Il s'ensuit donc, qu'il jugeait que ses miracles étaient des preuves certaines de ce qu'il enseignait, et que
les Juifs avaient obligation de le croire. Et en effet c'est particulièrement les miracles qui rendaient les

Juifs coupables dans leur incrédulité. Car les preuves qu'on eût pu tirer de l'Écriture pendant la vie de

JÉSUS-CHRIST n'auraient pas esté démonstratives. On y voit par exemple que Moïse a dit, qu'un

Prophète viendrait ; mais cela n'aurait pas prouvé que JÉSUS-CHRIST fût ce Prophète, et c'était toute la

question. Ces passages faisaient voir qu'il pouvait être le Messie, et cela avec ses miracles devait

déterminer à croire qu'il l'était effectivement.

[§] Les prophéties seules ne pouvaient pas prouver JÉSUS-CHRIST pendant sa vie. Et ainsi on n'eût pas
esté coupable de ne pas croire en lui avant sa mort, si les miracles n'eussent pas esté décisifs. Donc les

miracles suffisent quand on ne voit pas que la doctrine soit contraire, et on y doit croire.

[§] JÉSUS-CHRIST a prouvé qu'il était le Messie, en vérifiant plutôt sa doctrine et sa mission par ses
miracles que par l'Écriture et par les prophéties.

C'est par les miracles que Nicodème reconnaît que sa doctrine est de Dieu : Scimus quia à Deo venisti,
Magister ; nemo enim potest hæc signa facere quæ tu facis, nisi fuerit Deus cum eo (Iean. 32.). Il ne juge

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