|
Blaise Pascal - Pensées
[§] C'est pour rendre le Messie connaissable aux bons, et méconnaissable aux méchants que Dieu l'a fait prédire de la sorte. Si la manière du Messie eût été prédite clairement, il n'y eût point eu d'obscurité même pour les méchants. Si le temps eût été prédit obscurément, il y eût eu obscurité même pour les bons ; car la bonté de leur coeur ne leur eût pas fait entendre qu'un , par exemple, signifie 600. ans. Mais le temps a été prédit clairement, et la manière en figures.
Par ce moyen les méchants prenant les biens promis pour des biens temporels s'égarent malgré le temps prédit clairement, et les bons ne s'égarent pas ; car l'intelligence des biens promis dépend du coeur qui appelle bien ce qu'il aime ; mais l'intelligence du temps promis ne dépend point du coeur ; et ainsi la prédiction claire du temps, et obscure des biens ne trompe que les méchants.
[§] Comment fallait-il que fût le Messie, puisque par lui les sceptre devait être éternellement en Juda, et qu'à son arrivée les sceptre devait être ôté de Juda ?
Pour faire qu'en voyant ils ne voient point, et qu'entendant ils n'entendent point, rien ne pouvait être mieux fait.
[§] Au lieu de se plaindre de ce que Dieu s'est caché, il faut lui rendre grâce de ce qu'il s'est pas découvert aux sages ni aux superbes indignes de connaître un Dieu si saint.
[§] La Généalogie de JÉSUS-CHRIST dans l'Ancien Testament est mêlée parmi tant d'autres inutiles qu'on ne peut presque la discerner. Si Moïse n'eût tenu registre que des ancêtres de Jésus-Christ, cela eût été trop visible. Mais après tout, qui regarde de prés, voit celle de JÉSUS-CHRIST bien discernée par Thamar, Ruth, etc.
[§] Les faiblesses les plus apparentes sont des forces à ceux qui prennent bien les choses. Par exemple, les deux Généalogie de S. Matthieu, et de S. Luc ; il est visible que cela n'a pas été fait de concert.
[§] Qu'on ne nous reproche donc plus le manque de clarté, puisque nous en faisons profession. Mais que l'on reconnaisse la vérité de la Religion dans l'obscurité même de la Religion, dans le peu de lumière que nous en avons, et dans l'indifférence que nous avons de la connaître.
[§] S'il n'y avait qu'une Religion, Dieu serait trop manifeste ; s'il n'y avait de Martyrs qu'en notre Religion, de même.
[§] JÉSUS-CHRIST pour laisser les méchants dans l'aveuglement, ne dit pas qu'il n'est point de Nazareth, ni qu'il n'est point fils de Joseph.
[§] Comme Jésus-Christ est demeuré inconnu parmi les hommes, la vérité demeure aussi parmi les opinions communes sans différence à l'extérieur. Ainsi l'Eucharistie parmi le pain commun.
[§] Si la miséricorde de Dieu est si grande, qu'il nous instruit salutairement, même lorsqu'il se cache, quelle lumière n'en devons nous pas attendre lorsqu'il se découvre ?
[§] On n'entend rien aux ouvrages de Dieu, si on ne prend pour principe qu'il aveugle les uns, et qu'il éclaire les autres.
XIX. Que les vrais Chrétiens et les vrais Juifs n'ont qu'une même Religion.
|