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Blaise Pascal - Pensées
parts d'une manière incontestable. Mais comme il ne subsiste que par JÉSUS-CHRIST, et pour JÉSUS-CHRIST, et pour instruire les hommes et de leur corruption, et de leur Rédemption, tout y éclate des preuves de ces deux vérités. Ce qui y paraît ne marque ni une exclusion totale, ni une présence manifeste de Divinité ; mais la présence d'un Dieu qui se cache ; tout porte ce caractère.
[§] S'il n'avait jamais rien paru de Dieu, cette privation éternelle serait équivoque, et pourrait aussi bien se rapporter à l'absence de toute Divinité, qu'à l'indignité où seraient les hommes de le connaître. Mais de ce qu'il paraît quelquefois et non pas toujours, cela ôte l'équivoque. S'il paraît une fois, il est toujours. Et ainsi on n'en peut conclure autre chose, sinon qu'il y a un Dieu, et que les hommes en sont indignes.
[§] Le dessein de Dieu est plus de perfectionner la volonté que l'esprit. Or la clarté parfaite ne servirait qu'à l'esprit, et nuirait à la volonté.
[§] S'il n'y avait point d'obscurité, l'homme ne sentirait pas sa corruption. S'il n'y avait point de lumière, l'homme n'espérerait point de remède. Ainsi il est non seulement juste, mais utile pour nous, que Dieu soit caché en partie, et découvert en partie, puisqu'il est également dangereux à l'homme de connaître Dieu sans connaître sa misère, et de connaître sa misère sans connaître Dieu.
[§] Tout instruit l'homme de sa condition ; mais il le faut bien entendre ; car il n'est pas vrai que Dieu se découvre en tout ; et il n'est pas vrai qu'il se cache en tout. Mais il est vrai tout ensemble qu'il se cache à ceux qui le tentent, et qu'il se découvre à ceux qui le cherchent ; parce que les hommes sont tout ensemble indignes de Dieu, et capables de Dieu ; indignes par leur corruption ; capables par leur première nature.
[§] Il n'y a rien sur la terre qui ne montre ou la misère de l'homme, ou la miséricorde de Dieu, ou l'impuissance de l'homme sans Dieu, ou la puissance de l'homme avec Dieu.
[§] Tout l'univers apprend à l'homme, ou qu'il est corrompu, ou qu'il est racheté. Tout lui apprend sa grandeur, ou sa misère. L'abandon de Dieu paraît dans les Païens, la protection de Dieu paraît dans les Juifs.
[§] Tout tourne en bien pour les élus jusqu'aux obscurités de l'Écriture ; car ils les honorent, à cause des clartés divines qu'ils y voient : et tout tourne en mal aux réprouvés jusqu'aux clartés ; car ils les blasphèment, à cause des obscurités qu'ils n'entendent pas.
[§] Si JÉSUS-CHRIST n'était venu que pour sanctifier, toute l'Écriture et toutes choses y tendraient, et il serait bien aisé de convaincre les infidèles. Mais comme il est venu in sanctificationem et in scandalum, comme dit Isaïe, nous ne pouvons convaincre l'obstination des infidèles : mais cela ne fait rien contre nous, puisque nous disons, qu'il n'y a point de conviction dans toute la conduite de Dieu, pour les esprits opiniâtres, et qui ne recherchent pas sincèrement la vérité.
[§] JÉSUS-CHRIST est venu, afin que ceux qui ne voyaient point vissent, et que ceux qui voyaient devinssent aveugles : il est venu guérir les malades, et laisser mourir les sains ; appeler les pécheurs à la pénitence et les justifier, et laisser ceux qui se croyaient justes dans leurs péchez ; remplir les indignes, et laisser les riches vides.
[§] Que disent les Prophètes de JÉSUS-CHRIST ? qu'il sera évidemment Dieu ? Non : mais qu'il est un dieu véritablement caché ; qu'il sera méconnu ; qu'on ne pensera point que ce soit lui ; qu'il sera une pierre d'achoppement, à laquelle plusieurs heurteront, etc.
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