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Blaise Pascal - Pensées

incapable de mystères, et capable de sottises.

[§] Ce n'est pas par ce qu'il y a d'obscur dans Mahomet, et qu'on peut faire passer pour avoir un sens
mystérieux, que je veux qu'on en juge ; mais par ce qu'il y a de clair, par son paradis, et par le reste. C'est

en cela qu'il est ridicule. Il n'en est pas de même de l'Écriture. Je veux qu'il y ait des obscurités ; mais il y

a des clartés admirables, et des prophéties manifestes accomplies. La partie n'est donc pas égale. Il ne

faut pas confondre et égaler les choses, qui ne se ressemblent que par l'obscurité et non pas par les

clartés, qui méritent quand elles sont divines qu'on révère les obscurités.

[§] L'Alchoran dit que S. Matthieu était homme de bien. Donc Mahomet était faux Prophète ; ou en
appelant gens de biens des méchants ; ou en ne les croyant pas sur ce qu'ils ont dit de JÉSUS-CHRIST.

[§] Tout homme peut faire ce qu'à fait Mahomet ; car il n'a point fait de miracles, il n'a point été prédit,
etc. Nul homme ne peut faire ce qu'à fait JÉSUS-CHRIST.

[§] Mahomet s'est établi en tuant ; JÉSUS-CHRIST en faisant tuer les siens. Mahomet en défendant de
lire ; JÉSUS-CHRIST en ordonnant de lire. Enfin cela est si contraire, que si Mahomet a pis la voie de

réussir humainement, JÉSUS-CHRIST a pris celle de périr humainement. Et au lieu de conclure, que

puisque Mahomet a réussi, JÉSUS-CHRIST a bien pu réussir ; il faut dire, que puisque Mahomet a

réussi, le Christianisme devait périr, s'il n'eût été soutenu par une force toute divine.

XVIII. Dessein de Dieu de se cacher aux uns, et de se découvrir aux autres.

DIEU a voulu racheter les hommes, et ouvrir le salut ceux qui le chercheraient. Mais les hommes s'en
rendent si indignes, qu'il est juste qu'il refuse à quelques uns à cause de leur endurcissement ce qu'il

accorde aux autres par une miséricorde qui ne leur est pas due. S'il eût voulu surmonter l'obstination des

plus endurcis, il l'eût pu, en se découvrant si manifestement à eux, qu'ils n'eussent pu douter de la vérité

de son existence ; et c'est ainsi qu'il paraîtra au dernier jour, avec un tel éclat de foudres, et un tel

renversement de la nature, que les plus aveugles le verront.

Ce n'est pas en cette sorte qu'il a voulu paraître dans son avènement de douceurs ; parce que tant
d'hommes se rendants indignes de sa clémence, il a voulu les laisser dans la privation du bien qu'ils ne

veulent pas. Il n'était donc pas juste qu'il parût d'une manière manifestement divine, et absolument

capable de convaincre tous les hommes ; mais il n'était pas juste aussi qu'il vînt d'une manière si cachée

qu'il ne pût être reconnu de ceux qui le chercheraient sincèrement. Il a voulu se rendre parfaitement

connaissable à ceux-là : et ainsi voulant paraître à découvert à ceux qui le cherchent de tout leur coeur, et

caché à ceux qui le fuient de tout leur coeur, il tempère sa connaissance, en sorte qu'il a donné des

marques de soi visibles à ceux qui le cherchent, et obscures à ceux qui ne le cherchent pas.

[§] Il y a assez de lumière pour ceux qui ne désirent que de voir, et assez d'obscurité pour ceux qui ont
une disposition contraire.

Il y a assez de clarté pour éclairer les élus, et assez d'obscurité pour les humilier.

Il y a assez d'obscurité pour aveugler les réprouvés, et assez de clarté pour les condamner et les rendre
inexcusables.

[§] Si le monde subsistait pour instruire l'homme de l'existence de Dieu, sa divinité y reluirait de toutes

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