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Blaise Pascal - Pensées

preuve de JÉSUS-CHRIST, et qu'ils subsistent pour le prouver, et qu'ils soient misérables puisqu'ils l'ont
crucifié. Et quoiqu'il soit contraire d'être misérable et de subsister, il subsiste néanmoins toujours malgré

sa misère.

[§] Mais n'ont ils pas été presqu'au même état au temps de la captivité ? Non. Le sceptre ne fût point
interrompu par la captivité de Babylone, à cause que le retour était promis, et prédit. Quand

Nabuchodonosor emmena le peuple, de peur qu'on ne crût que le sceptre fût ôté de Juda, il leur fût dit

auparavant, qu'ils y seraient peu, et qu'ils seraient rétablis. Ils furent toujours consolés par les Prophètes,

et leurs Rois continuèrent. Mais la seconde destruction est sans promesse de rétablissement, sans

Prophètes, sans Rois, sans consolation, sans espérance ; parce que le sceptre est ôté pour jamais.

Ce n'est pas avoir été captif que de l'avoir été avec l'assurance d'être délivré dans soixante et dix ans.
Mais maintenant ils le sont sans aucun espoir.

[§] Dieu leur a promis qu'encore qu'il les dispersât aux extrémités du monde, néanmoins s'ils étaient
fidèles à sa loi, il les rassemblerait. Ils y sont très fidèles, et demeurent opprimés. Il faut donc que le

Messie soit venu ; et que la loi qui contenait ces promesses soit finie par l'établissement d'une loi

nouvelle.

[§] Si les Juifs eussent été tous convertis par JÉSUS-CHRIST, nous n'aurions plus que des témoins
suspects ; et s'ils avaient été exterminés, nous n'en aurions point du tout.

[§] Les Juifs refusent, mais non pas tous. Les Saints le reçoivent, et non les charnels. Et tant s'en faut que
cela soit contre sa gloire, que c'est le dernier trait qui l'achève. La raison qu'ils en ont, et la seule qui se

trouve dans tous leurs écrits, dans le Talmud, et dans les Rabbins, n'est que parce que JÉSUS-CHRIST

n'a pas dompté les nations à main armée. JÉSUS-CHRIST a été tué, disent-ils ; il a succombé ; il n'a pas

dompté les Païens par sa force ; il ne nous a pas donné leurs dépouilles ; il ne donne point de richesses.

N'ont-ils que cela à dire ? C'est en cela qu'il m'est aimable. Je ne voudrais point celui qu'ils se figurent.

[§] Qu'il est beau de voir par les yeux de la foi Darius, Cyrus, Alexandre, les Romains, Pompée, et
Hérode agir sans le savoir pour la gloire de l'Évangile !

XVII. Contre Mahomet.

LA Religion Mahométane a pour fondement l'Alchoran et Mahomet. Mais ce Prophète qui devait être la
dernière attente du monde a-t-il été prédit ? Et quelle marque a-t-il que n'ait aussi tout homme qui se

voudra dire Prophète ? Quels miracles dit-il lui même avoir faits ? Quel mystère a-t-il enseigné selon sa

tradition même ? Quelle morale, et quelle félicité ?

[§] Mahomet est sans autorité. Il faudrait donc que ses raisons fussent bien puissantes ; n'ayant que leur
propre force.

[§] Si deux hommes disent des choses qui paraissent basses ; mais que les discours de l'un aient un
double sens entendu par ceux qui le suivent, et que les discours de l'autre n'aient qu'un seul sens ; si

quelqu'un n'étant pas du secret entend discourir les deux en cette sorte, il en fera un même jugement.

Mais si en suite dans le reste du discours l'un dit des choses angéliques, et l'autre toujours des choses

basses et communes, et mêmes sottises, il jugera que l'un parlait avec mystère, et non pas l'autre ; l'un

ayant assez montré qu'il est incapable de telles sottises, et capable d'être mystérieux ; et l'autre qu'il est

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