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Blaise Pascal - Pensées
Quelle part a-t-il donc à cet éclat ? Jamais homme n'a eu tant d'éclat : jamais homme n'a eu plus d'ignominie. Tout cet éclat n'a servi qu'à nous, pour nous le rendre reconnaissable : et il n'en a rien eu pour lui.
[§] JÉSUS-CHRIST parle des plus grandes choses si simplement, qu'il semble qu'il n'y a pas pensé ; et si nettement néanmoins, qu'on voit bien ce qu'il en pensait. Cette clarté jointe à cette naïveté est admirable.
[§] Qui a appris aux Évangélistes les qualités d'une âme véritablement héroïque pour la peindre si parfaitement en JÉSUS-CHRIST ? Pourquoi le font-ils faible dans son agonie ? Ne savent-ils pas peindre une mort constante ? Oui sans doute ; car le même Saint Luc peint celle de Saint Étienne plus forte que celle de JÉSUS-CHRIST. Ils le font donc capable de crainte avant que la nécessité de mourir soit arrivé, et en suite tout fort. Mais quand ils le font troublé, c'est quand il se trouble lui-même ; et quand les hommes le troublent, il est tout fort.
[§] L'Évangile ne parle de la virginité de la Vierge que jusqu'à la naissance de JÉSUS-CHRIST : tout par rapport à JÉSUS-CHRIST.
[§] Les deux Testaments regardent JÉSUS-CHRIST, l'ancien comme son attente, le nouveau comme son modèle ; tous deux comme leur centre.
[§] Les Prophètes ont prédit, et n'ont pas été prédits. Les Saints ensuite sont prédits, mais non prédisants. JÉSUS-CHRIST est prédit et prédisant.
[§] JÉSUS-CHRIST pour tous, Moïse pour un peuple.
Les Juifs bénis en Abraham. Je bénirai ceux qui te béniront. Mais toutes nations bénites en sa semence.
Lumen ad revelationem gentium.
Non fecit taliter omni nationi, disait David en parlant de la loi. Mais en parlant de JÉSUS-CHRIST, il faut dire : fecit taliter omni nationi.
Aussi c'est à JÉSUS-CHRIST d'être universel. L'Église même n'offre le sacrifice que pour les fidèles : JÉSUS-CHRIST a offert celui de la croix pour tous.
[§] Tendons donc les bras à notre libérateur, qui ayant été promis durant quatre mille ans, est enfin venu souffrir et mourir pour nous sur la terre dans les temps et dans toutes les circonstances qui en ont été prédites. Et attendant par sa grâce la mort en pais dans l'espérance de lui être éternellement unis, vivons cependant avec joie, soit dans les biens qu'il lui plaît de nous donner, soit dans les maux qu'il nous envoie pour notre bien, et qu'il nous a appris à souffrir par son exemple.
XV. Preuves de JÉSUS-CHRIST par les prophéties.
LA plus grande des preuves de JÉSUS-CHRIST ce sont les prophéties. C'est aussi à quoi Dieu a le plus pourvu ; car l'événement qui les a remplies est un miracle subsistant depuis la naissance de l'Église jusqu'à la fin. Ainsi Dieu a suscité des Prophètes durant seize cents ans ; et pendant quatre cens ans après il a dispersé toutes ces prophéties avec tous les Juifs qui portaient dans tous les lieux du monde. Voilà quelle a été la préparation à la naissance de JÉSUS-CHRIST, dont l'Évangile devant être cru par tout le monde, il a fallu non seulement qu'il y ait eu des prophéties pour le faire croire, mais encore que ses prophéties fussent répandues par tout le monde, pour le faire embrasser par tout le monde.
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