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Blaise Pascal - Pensées
[§] Les Rabbins prennent pour figures les mamelles de l'Épouse, et tout ce qui n'exprime pas l'unique but qu'ils ont de biens temporels.
[§] Il y en a qui voient bien qu'il n'y a pas d'autre ennemi de l'homme que la concupiscence qui le détourne de Dieu, ni d'autre bien que Dieu, et non pas une terre fertile. Ceux qui croient que le bien de l'homme est en la chair, et le mal en ce qui le détourne des plaisirs des sens ; qu'ils sen saoulent, et qu'ils y meurent. Mais ceux qui cherchent Dieu de tout leur coeur, qui n'ont de déplaisir que d'être privés de sa vue, qui n'ont de désir que pour le posséder, et d'ennemis que ceux qui les en détournent, qu'ils s'affligent de se voir environnés et dominés de tels ennemis ; qu'ils se consolent ; il y a un libérateur pour eux ; il y a un Dieu pour eux. Un Messie a été promis pour délivrer des ennemis ; et il en est venu un pour délivrer des iniquités, mais non pas des ennemis.
[§] Quand David prédit que le Messie délivrera son peuple de ses ennemis, on peut croire charnellement que ce sera des Égyptiens, et alors je ne saurais montrer que la prophétie soit accomplie. Mais ont peut bien croire aussi que ce sera des iniquités. Car dans la vérité les Égyptiens ne sont pas des ennemis, mais les iniquités le sont. Ce sont mot d'ennemis est donc équivoque.
Mais s'il dit à l'homme, comme il fait qu'il délivrera son peuple de ses péchés, aussi bien qu'Isaïe et les autres, l'équivoque est ôtée, et le sens double des ennemis réduit au sens simple d'iniquités ; car s'il avait dans l'esprit les péchés, il les pouvait bien dénoter par ennemis ; mais s'il pensait aux ennemis, il ne les pouvait pas désigner par iniquités.
Or Moïse, David et Isaïe usaient des mêmes termes. Qui dira donc qu'ils n'avaient pas même sens, et que le sens de David est manifestement d'iniquités lorsqu'il parlait d'ennemis, ne fût pas le même que celui de Moïse en parlant d'ennemis ?
Daniel chap. 9. prie pour la délivrance du peuple de la captivité de leurs ennemis ; mais il pensait aux péchés ; et pour le montrer il dit, que Gabriel lui vint dire qu'il était exaucé, et qu'il n'y avait que septante semaines à attendre, après quoi le peuple serait délivré d'iniquité, le Saint des Saints amènerait la justice éternelle, non la légale, mais l'éternelle.
Dés qu'une fois on a ouvert ce secret il est impossible de ne le pas voir. Qu'on lise l'ancien Testament en cette vue, et qu'on voie si les sacrifices étaient vrais, si la parenté d'Abraham était la vraie cause de l'amitié de Dieu, si la terre promise était le véritable lieu du repos. Non. Donc c'étaient des figures. Qu'on voie de même toutes les cérémonies ordonnées, et tous les commandements qui ne sont pas de la charité ; on verra que ce sont les figures.
XIV. Jésus-Christ.
LA distance infinie des corps aux esprits figure la distance infiniment plus infinie des esprits à la charité, car elle est surnaturelle.
Tout l'éclat des grandeurs n'a point de lustre pour les gens qui sont dans les recherches de l'esprit.
La grandeur des gens d'esprit est invisible aux riches, aux Rois, aux conquérants, et à tous ces grands de chair.
La grandeur de la sagesse qui vient de Dieu est invisible aux charnels, et aux gens d'esprit. Ce sont trois ordres de différents genres.
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