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Blaise Pascal - Pensées

[§] Les sources des contrariétés de l'Écriture sont un Dieu humilié jusqu'à la mort de la croix, un Messie
triomphant de la mort par sa mort, deux natures en JÉSUS-CHRIST, deux avènements, deux états de la

nature de l'homme.

[§] Comme on ne peut bien faire le caractère d'une personne qu'en accordant toutes les contrariétés, et
qu'il ne suffit pas de suivre une suite de qualités accordante, sans concilier les contraires ; aussi pour

entendre le sens d'un auteur, il faut accorder tous les passages contraires.

Ainsi pour entendre l'Écriture, il faut avoir un sens dans lequel tous les passages contraires s'accordent. Il
ne suffit pas d'en avoir un qui convienne à plusieurs passages accordants ; mais il faut en avoir un qui

concilie les passages même contraires.

Tout auteur a un sens auquel tous les passages contraires s'accordent, ou il n'a point de sens du tout. On
ne peut pas dire cela de l'Écriture, ni des Prophètes. Ils avaient effectivement trop de bon sens. Il faut

donc en chercher un qui accorde toutes les contrariétés.

Le véritable sens n'est donc pas celui des Juifs. Mais en JÉSUS-CHRIST toutes les contradictions sont
accordées.

Les Juifs ne sauraient accorder la cassation de la Royauté et Principauté prédite par Ozée avec la
prophétie de Jacob.

Si on prend la loi, les sacrifices, et le royaume pour réalités, on ne peut accorder tous les passages d'un
même auteur, ni d'un même livre, ni quelque fois d'un même chapitre. Ce qui marque assez quel était le

sens de l'auteur.

[§] Il n'était point permis de sacrifier hors de Jérusalem, qui était le lieu que le Seigneur avait choisi, ni
même de manger ailleurs les décimes.

[§] Ozée a prédit qu'ils seraient sans Roi, sans Prince, sans sacrifice, et sans Idoles. Ce qui est accompli
aujourd'hui, ne pouvant faire de sacrifice légitime hors de Jérusalem.

[§] Quand la parole de Dieu qui est véritable, est fausse littéralement, elle est vraie spirituellement. Sede
à dextris meis. Cela est faux littéralement dit, cela est vrai, spirituellement. En ces expressions il est parlé

de Dieu à la manière des hommes ; et cela ne signifie autre chose sinon que l'intention que les hommes

ont en faisant asseoir à leur droit, Dieu l'aura aussi. C'est donc une marque de l'intention de Dieu, et non

de sa manière de l'exécuter.

Ainsi quand il est dit : Dieu a reçu l'odeur de vos parfums, et vous donnera en récompense une terre
fertile et abondante ; c'est-à-dire, que la même intention qu'aurait un homme qui agréant vos parfums

vous donnerait en récompense une terre abondante, Dieu l'aura pour vous, parce que vous avez eu pour

lui, la même intention qu'un homme a pour celui à qui il donne des parfums.

[§] L'unique objet de l'Écriture est la charité. Tout ce qui ne va point à l'unique but en est la figure ; car
puisqu'il n'y a qu'un but, tout ce qui n'y va point en mots propres est figure.

Dieu diversifie ainsi cet unique précepte de charité, pour satisfaire notre faiblesse qui recherche la
diversité, par cette diversité qui nous mène toujours à notre unique nécessaire. Car une seul chose est

nécessaire, et nous aimons la diversité, et Dieu satisfait à l'un et à l'autre par ces diversités qui mènent à

ce seul nécessaire.

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