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Blaise Pascal - Pensées
Il est dit au contraire que la loi durera éternellement ; que cette alliance sera éternelle ; que le sacrifice sera éternel ; que le sceptre ne sortira jamais d'avec eux, puis qu'il n'en doit point sortir que le Roi éternel n'arrive. Tous ces passages marquent-ils que ce soit réalité ? Non. Marquent ils aussi que ce soit figure ? Non : mais que c'est réalité ou figure. Mais les premiers excluants la réalité marquent que ce n'est que figure.
Tous ces passages ensemble ne peuvent être dits de la réalité : tous peuvent être dits de la figure : donc ils ne sont pas dits de la réalité, mais de la figure.
[§] Pour savoir si la loi et les sacrifices sont réalité ou figures, il faut voir si les Prophètes en parlant de ces choses y arrêtaient leur vue et leur pensée, en sorte qu'ils ne vissent que cette ancienne alliance ; où s'ils y voyaient quelque autre chose dont elles fussent la peinture ; car dans un portrait on voit la chose figurée. Il ne faut pour cela qu'examiner ce qu'ils disent.
Quand ils disent qu'elle sera éternelle, entendent-ils parler de l'alliance de laquelle ils disent qu'elle sera changée ? et de même des sacrifices, etc.
[§] Les Prophètes ont dit clairement qu'Israël serait toujours aimé de Dieu, et que la loi serait éternellement ; et ils ont dit que l'on n'entendrait point leur sens, et qu'ils était voilé.
[§] Le chiffre a deux sens. Quand on surprend une lettre importante où l'on trouve un sens clair, et où il est dit néanmoins que le sens en est voilé et obscurci : qu'il est caché en sorte qu'on verra cette lettre, sans la voir, et qu'on l'entendra sans l'entendre ; que doit on en penser sinon que c'est un chiffre a double sens ; et d'autant plus qu'on y trouve des contrariétés manifestes dans le sens littéral ? Combien doit-on donc estimer ceux qui nous découvrent le chiffre, et qui nous apprennent à connaître le sens caché, et principalement quand les principes qu'ils en prennent sont tout à fait naturels et clairs ? C'est ce qu'a fait JÉSUS-CHRIST et les Apôtres. Ils ont levé le sceau, ils ont rompu le voile, et découvert l'esprit. Ils nous ont appris pour cela que les ennemis de l'homme sont ses passions ; que le Rédempteur serait spirituel ; qu'il y aurait deux avènements, l'un de misère, pour abaisser l'homme superbe, l'autre de gloire, pour élever l'homme humilié ; que JÉSUS-CHRIST sera Dieu et homme.
[§] JÉSUS-CHRIST n'a fait autre chose qu'apprendre aux hommes qu'ils s'aimaient eux-mêmes, et qu'ils étaient esclaves, aveugles, malades, malheureux, et pécheurs ; qu'il fallait qu'il les délivrât, éclairât, béatifiât, et guérît ; que cela se ferait en se haïssant soi-même, et en le suivant par la misère et la mort de la croix.
[§] La lettre tue : tout arrivait en figures : il fallait que le Christ souffrit : un Dieu humilié : circoncision du coeur : vrai jeûne : vrai sacrifice : vrai temple : double loi : double table de la loi : double temple : double captivité : voilà le chiffre qu'il nous a donné.
Il nous a appris enfin que toutes ces choses n'étaient que figures, et ce que c'est que vraiment libre, vrai Israélite, vraie circoncision, vrai pain du Ciel, etc.
[§] Dans ces promesses là chacun trouve ce qu'il a dans le fond de son coeur, les biens temporels, ou les biens spirituels ; Dieu, ou les créatures ; mais avec cette différence, que ceux qui y cherchent les créatures, les y trouvent, mais avec plusieurs contradictions, avec la défense de les aimer, avec ordre de n'adorer que Dieu, et de n'aimer que lui : au lieu que ceux qui y cherchent Dieu, le trouvent, et sans aucune contradiction, et avec commandement de n'aimer que lui.
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