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Blaise Pascal - Pensées
leurs ancêtres, puisque toute l'histoire était réduite à celle là, et qu'il n'avaient ni les sciences, ni les arts qui occupent une grande partie des discours de la vie ? Aussi l'on voit qu'en ce temps là, les peuples avaient un soin particulier de conserver leurs généalogies.
XII. Figures.
IL y a des figures claires et des démonstratives ; mais il y en a d'autres qui semblent moins naturelles, et qui ne prouvent qu'à ceux qui sont persuadés d'ailleurs. Ces figures là seraient semblables à celles de ceux qui fondent des prophéties sur l'Apocalypse qu'ils expliquent à leur fantaisie. Mais la différence qu'il y a, c'est qu'ils n'en ont point d'indubitables qui les appuient. Tellement qu'il n'y a rien de si injuste, que quand ils prétendent que les leurs sont aussi bien fondées que quelques unes des nôtres ; car ils n'en ont pas de démonstratives comme nous en avons. La partie n'est donc pas égale. Il ne faut pas égaler et confondre ces choses parce qu'elles semblent être semblables par un bout, étant si différentes par l'autre.
[§] JÉSUS-CHRIST figuré par Joseph bien aimé de son père, envoyé du père pour voir ses frères, est l'innocent vendu par ses frères vingt deniers, et par là devenu leur Seigneur, leur Sauveur, et le Sauveur des étrangers, et le Sauveur du monde ; ce qui n'eût point été sans le dessein de le perdre, sans la vente et la réprobation qu'ils en firent.
[§] Dans la prison, Joseph innocent entre deux criminels ; JÉSUS-CHRIST sur la croix entre deux larrons. Joseph prédit le salut à l'un et la mort à l'autre sur les mêmes apparences ; JÉSUS-CHRIST sauve l'un et laisse l'autre après les mêmes crimes. Joseph ne fait que prédire ; JÉSUS-CHRIST fait. Joseph demande à celui qui sera sauvé qu'il se souvienne de lui quand il sera venu en sa gloire ; et celui que JÉSUS-CHRIST sauve lui demande qu'il se souvienne de lui quand il sera en son Royaume.
[§] La Synagogue ne périssait point, parce qu'elle était la figure de l'Église ; mais parce qu'elle n'était que la figure, elle est tombée dans la servitude. La figure a subsisté jusqu'à la vérité ; afin que l'Église fût toujours visible, ou dans la peinture qui la promettait, ou dans l'effet.
XIII. Que la Loi était figurative.
POUR prouver tout d'un coup les deux Testaments, il ne faut que voir si les prophéties de l'un sont accomplies en l'autre.
[§] Pour examiner les prophéties il faut les entendre. Car si l'on croit qu'elle n'ont qu'un sens, il est sûr que le Messie ne sera point venu. Mais si elle sont deux sens, il est sûr qu'il sera venu en JÉSUS-CHRIST.
Toute la question est donc de savoir si elle sont deux sens ; si elles sont figures ou réalités ; c'est-à-dire, s'il y faut chercher quelque autre chose que ce qui paraît d'abord, ou s'il faut s'arrêter uniquement à ce premier sens qu'elles présentent.
Si la loi et les sacrifices sont la vérité, il faut qu'ils plaisent à Dieu et qu'ils ne lui déplaisent point. S'ils sont figures, il faut qu'ils plaisent, et déplaisent.
Or dans toute l'Écriture ils plaisent, et déplaisent. Donc ils sont figures.
[§] Il est dit que la loi sera changée ; que le sacrifice sera changé ; qu'ils seront sans Rois, sans Princes, et sans sacrifices ; qu'il sera fait une nouvelle alliance ; que la loi sera renouvelée ; que les préceptes qu'ils ont reçus ne sont pas bons ; que leurs sacrifices sont abominables ; que Dieu n'en a point demandé.
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