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Blaise Pascal - Pensées

L'on a aussi jugé à propos d'ajouter à la fin de ces pensées un Prière que Monsieur Pascal composa étant
encore jeune, dans une maladie qu'il eut, et qui a déjà été imprimée deux ou trois fois sur des copies assez

peu correctes, parce que ces impressions ont été faites sans la participation de ceux qui donnent à présent

ce Recueil au public.

pendent opera interrupta.

PENSÉES

DE

M. PASCAL

SUR LA RELIGION

ET SUR QUELQUES

AUTRES SUJETS.

I. Contre l'Indifférence des Athées.

Que ceux qui combattent la Religion apprennent au moins quelle elle est avant que de la combattre. Si
cette Religion se vantait d'avoir une vue claire de Dieu, et de le posséder à découvert et sans voile, ce

serait la combattre que de dire qu'on ne voit rien dans le monde qui le montre avec cette évidence. Mais

puis qu'elle dit au contraire que les hommes sont dans les ténèbres, et dans l'éloignement de Dieu, et que

c'est même le nom qu'il se donne dans les Écritures, Deus absconditus : et enfin si elle travaille

également à établir ces deux choses ; que Dieu a mis des marques sensibles dans l'Église pour se faire

reconnaître à ceux qui le chercheraient sincèrement ; et qu'il les a couvertes néanmoins de telle sorte qu'il

ne sera aperçu que de ceux qui le cherchent de tout leur coeur ; quel avantage peuvent-ils tirer, lorsque

dans la négligence où ils font profession d'être de chercher la vérité, ils crient que rien ne la leur montre ;

puisque cette obscurité où ils sont, et qu'ils objectent à l'Église ne fait qu'établir une des choses qu'elle

soutient sans toucher à l'autre, et confirme sa doctrine bien loin de la ruiner ?

Il faudrait pour la combattre qu'ils criassent qu'ils ont fait tous leurs efforts pour chercher partout, et
même dans ce que l'Église propose pour s'en instruire, mais sans aucune satisfaction. S'ils parlaient de la

sorte, ils combattraient à la vérité une de ses prétentions. Mais j'espère montrer ici qu'il n'y a point de

personne raisonnable qui puisse parler de la sorte ; et j'ose même dire que jamais personne ne l'a fait. On

sait assez de quelle manière agissent ceux qui sont dans cet esprit. Ils croient avoir fait de grands efforts

pour s'instruire lorsqu'ils ont employé quelques heures à la lecture de l'Écriture, et qu'ils ont interrogé

quelque Ecclésiastique sur les vérités de la foi. Après cela ils se vantent d'avoir cherché sans succès dans

les livres et parmi les hommes. Mais en vérité je ne puis m'empêcher de leur dire, que cette négligence

n'est pas supportable. Il ne s'agit pas ici de l'intérêt léger de quelque personne étrangère : il s'agit de

nous-mêmes et de notre tout.

L'immortalité de l'âme est une chose qui nous importe si fort, et qui nous touche si profondément, qu'il
faut avoir perdu tout sentiment pour être dans l'indifférence de savoir ce qui en est. Toutes nos actions et

toutes nos pensées doivent prendre des routes si différentes selon qu'il y aura des biens éternels à espérer

ou non, qu'il est impossible de faire une démarche avec sens et jugement qu'en la réglant par la vue de ce

point qui doit être notre dernier objet.

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