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Blaise Pascal - Lettres
définissons; et enfin nous cherchons si cette chose est véritable ou fausse. Si nous trouvons qu'elle est impossible, elle passe pour une fausseté; si nous démontrons qu'elle est vraie, elle passe pour vérité; et tant qu'on ne peut prouver sa possibilité ni son impossibilité, elle passe pour imagination. D'où il est évident qu'il n'y a point de liaison nécessaire entre la définition d'une chose et l'assurance de son être; et que l'on peut aussi bien définir une chose impossible, qu'une véritable. Ainsi on peut appeler un triangle rectiligne et rectangle celui qu'on s'imaginerait avoir 2 angles droits, et montrer ensuite qu'un tel triangle est impossible; ainsi Euclide définit d'abord les parallèles, et montre après qu'il y en peut avoir; et la définition du cercle précède le postulat qui en propose la possibilité; ainsi les astronomes ont donné des noms aux cercles concentriques, excentriques et épicycles, qu'ils ont imaginés dans les cieux, sans être assurés que les astres décrivent en effet tels cercles par leurs mouvements; ainsi les Péripatéticiens ont donné un nom à cette sphère de feu, dont il serait difficile de démontrer la vérité
C'est pourquoi quand je me suis voulu opposer aux décisions du P. Noël, qui excluaient le vide de la nature, j'ai cru ne pouvoir entrer dans cette recherche, ni même en dire un mot, avant que d'a voir déclaré ce que j'entends par le mot de vide, où je me suis senti plus obligé, par quelques endroits de la première lettre de ce Père, qui me faisaient juger que la notion qu'il en avait n'était pas con forme à la mienne. J'ai vu qu'il ne pouvait distinguer les dimensions d'avec la matière, ni l'immatérialité d'avec le néant; et que cette confusion lui faisait conclure que, quand je donnais à cet espace la longueur, la largeur et la profondeur, je m'engageais à dire qu'il était un corps; et qu'aussitôt que je le faisais immatériel, je le réduisais au néant. Pour débrouiller toutes ces idées, je lui en ai donné cette définition, où il peut voir que la chose que nous concevons et que nous exprimons par le mot d'espace vide, tient le milieu entre la matière et le néant, sans participer ni à l'un ni à l'autre; qu'il diffère du néant par ses dimensions; et que son irrésistance et son immobilité le distinguent de la matière: tellement qu'il se maintient entre ces deux extrêmes, sans se confondre avec aucun des deux.
Vers la fin de sa lettre, il ramasse dans une période toutes ses difficultés, pour leur donner plus de force en les joignant. Voici ses termes: a Cet espace qui n'est ni Dieu, ni créature, ni corps, ni esprit, ni substance, ni accident, qui transmet la lumière sans être transparent, qui résiste sans résistance, qui est immobile et se transporte avec le tube, qui est partout et nulle part, qui fait tout et ne fait rien: ce sont les admirables qualités de l'espace vide: en tant qu'espace, il est et fait merveilles, en tant que vide, il n'est et ne fait rien, en tant qu'espace, il est long, large et profond, en tant que vide, il exclut la longueur, la largeur et la profondeur. S'il est besoin, je montrerai toutes ces belles propriétés, en conséquence de l'espace vide.
Comme une grande suite de belles choses devient enfin ennuyeuse par sa propre longueur, je crois que le P. Noël s'est ici lassé d'en avoir tant produit; et que, prévoyant un pareil ennui à ceux qui les auraient vues, il a voulu descendre d'un style plus grave dans un moins sérieux, pour les délasser par cette raillerie, afin qu'après leur avoir fourni tant de choses qui exigeaient une admiration pénible, il leur donnât, par charité, un sujet de divertissement. J'ai senti le premier l'effet de cette bonté; et ceux qui verront sa lettre ensuite, l'éprouveront de même: car il n'y a personne qui, après avoir lu ce que je lui avais écrit, ne nie des conséquences qu'il en tire, et de ces antithèses opposées avec tant de justesse, qu'il est aisé de voir qu'il s'est bien plus étudié à rendre ses termes contraires les uns aux autres, que conformes à la raison et à la vérité.
Car pour examiner les objections en particulier: Cet espace, dit-il, n'est ni Dieu, ni créature. Les mystères qui concernent la Divinité sont trop saints pour les profaner par nos disputes; nous devons en faire l'objet de nos adorations, et non pas le sujet de nos entretiens: si bien que, sans en discourir en aucune sorte, je
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