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Blaise Pascal - Lettres

mouvement et de la lumière, et que, tant que nous demeurerons dans l'ignorance où nous sommes de la
nature de ces choses, nous n'en devons tirer aucune conséquence, puisqu'elle ne serait appuyée que sur

l'incertitude; et que comme le P. Noël conclut de l'apparence de ces effets qu'une matière remplit cet

espace qui soutient la lumière et cause ce retardement, on peut, avec autant de raison, conclure de ces

mêmes effets que la lumière se soutient dans le vide, et que le mouvement s'y fait avec le temps; vu que

tant d'autres choses favorisaient cette dernière opinion, qu'elle était, au jugement des savants, sans

comparaison plus vraisemblable que l'autre, avant même qu'elle reçût les forces que ces expériences lui

ont apportées.

Mais s'il a marqué en cela d'avoir peu remarqué cette partie de ma lettre, il témoigne n'en avoir pas
entendu une autre, par la seconde des choses qui le choquent dans mon sentiment; car il m'impute une

pensée contraire aux termes de ma lettre et de mon imprimé, et entièrement opposée au fondement de

toutes mes maximes. C'est qu'il se figure que j'ai assuré, en termes décisifs, l'existence réelle de l'espace

vide; et sur cette imagination, qu'il prend pour une vérité constante, il exerce sa plume pour montrer la

faiblesse de cette assertion.

Cependant il a pu voir que j'ai mis dans mon imprimé, que ma conclusion est simplement que mon
sentiment sera "que cet espace est vide, jusqu'à ce que l'on m'ait montré qu'une matière le remplit"; ce qui

n'est pas une assertion réelle du vide, et il a pu voir aussi que j'ai mis dans ma lettre ces mots qui me

semblent assez clairs: "Enfin, mon R. P., considérez, je vous prie, que tous les hommes ensemble ne

sauraient démontrer qu'aucun corps succède à celui qui quitte l'espace vide en apparence, et qu'il n'est pas

possible encore à tous les hommes de montrer que, quand l'eau y remonte, quelque corps en soit sorti.

Cela ne suffirait-il pas, suivant vos maximes, pour assurer que cet espace est vide? Cependant je dis

simplement que mon sentiment est qu'il est vide. Jugez si ceux qui parlent avec tant de retenue d'une

chose où ils ont droit de parler avec tant d'assurance, pourront faire un jugement décisif de l'existence de

cette matière ignée, si douteuse et si peu établie."

Aussi, je n'aurais jamais imaginé ce qui lui avait fait naître cette pensée, s'il ne m'en avertissait lui-même
dans la première page, où il rapporte fidèlement la distinction que j'ai donnée de l'espace vide dans ma

lettre, qui est telle: "Ce que nous appelons espace vide, est un espace ayant longueur, largeur et

profondeur, et immobile, et capable de recevoir et de contenir un corps de pareille longueur et figure; et

c'est ce qu'on appelle solide en géométrie, où l'on ne considère que les choses abstraites et immatérielles.

Après avoir rapporté mot à mot cette définition, il en tire immédiatement cette conséquence: "Voilà,

monsieur, votre pensée de l'espace vide fort bien expliquée; je veux croire que tout cela vous est évident,

et en avez l'esprit convaincu et pleinement satisfait, puisque vous l'affirmez."

S'il n'avait pas rapporté mes propres termes, j'aurais cru qu'il ne les avait pas bien lus, ou qu'ils avaient
été mal écrits, et qu'au lieu du premier mot, j'appelle, il aurait trouvé celui-ci, j'assure; mais, puisqu'il a

rapporté ma période entière, il ne me reste qu'à penser qu'il conçoit une conséquence nécessaire de l'un

de ces termes à l'autre, et qu'il ne met point de différence entre définir une chose et assurer son existence.

C'est pourquoi il a cru que j'ai assuré l'existence réelle du vide, par les termes mêmes dont je l'ai défini.
Je sais que ceux qui ne sont pas accoutumés de voir les choses traitées dans le véritable ordre, se figurent

qu'on ne peut définir une chose sans être assuré de son être; mais ils devraient remarquer que l'on doit

toujours définir les choses, avant que de chercher si elles sont possibles ou non, et que les degrés qui

nous mènent à la connaissance des vérités, sont la définition, l'axiome et la preuve: car d'abord nous

concevons l'idée d'une chose; ensuite nous donnons un nom à cette idée, c'est-à-dire que nous la

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