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Blaise Pascal - Lettres
Noël, me fit entendre, en présence de trois de vos bons amis, que le P. Noël compatissait à mon indisposition, qu'il craignait que ma première lettre n'eût intéressé ma santé, et qu'il me priait de ne pas la hasarder par une deuxième; en un mot, de ne lui pas répondre; que nous pourrions nous éclaircir de bouche des difficultés qui nous restaient, et qu'au reste il me priait de ne montrer sa lettre à personne; que, comme il ne l'avait écrite que pour moi, il ne souhaitait pas qu'aucun autre la vît, et que les lettres étant des choses particulières, elles souffraient quelque violence quand elles n'étaient pas secrètes.
J'avoue que si cette proposition m'était venue d'une autre part que de celle de ces bons Pères, elle m'aurait été suspecte, et j'eusse craint que celui qui me l'eût faite, n'eût voulu se prévaloir, d'un silence où il m'aurait engagé par une prière captieuse. Mais je doutai si peu de leur sincérité, que je leur promis tout sans réserve et sans crainte. J'ai ensuite tenu sa lettre secrète et sans réponse avec un soin très particulier. C'est de là que plusieurs personnes, et même de ces Pères, qui n'étaient pas bien informés de l'intention du P. Noël, ont pris sujet de dire qu'ayant trouvé dans sa lettre la ruine de mes sentiments, j'en ai dissimulé les beautés, de peur de découvrir ma honte, et que ma seule faiblesse m'a empêché de lui repartir.
Voyez, monsieur, combien cette conjoncture m'était contraire, puisque je n'ai pu cacher sa lettre sans désavantage, ni la publier sans infidélité; et que mon honneur était également menacé par ma réponse et par mon silence, en ce que l'une trahissait ma promesse, et l'autre mon intérêt.
Cependant j'ai gardé religieusement ma parole; et j'avais remis de repartir à sa lettre dans le Traité où je dois répondre précisément à toutes les objections qu'on a faites contre cette proposition que j'ai avancée dans mon abrégé, "que cet espace n'est plein d'aucune des matières qui tombent sous les sens, et qui sont connues dans la nature." Ainsi j'ai cru que rien ne m'obligeait de précipiter ma réponse, que je voulais rendre plus exacte, en la différant pour un temps. A ces considérations, je joignis que, comme tous les différends de cette sorte demeurent éternels si quelqu'un ne les interrompt, et qu'ils ne peuvent être achevés si une des deux parties ne commence à finir, j'ai cru que l'âge, le mérite et la condition de ce Père m'obligeaient à lui céder l'avantage d'avoir écrit le dernier sur ce sujet. Mais outre toutes ces raisons, j'avoue que sa lettre seule suffisait pour me dispenser de lui répondre, et je m'assure que vous trouverez qu'elle semble avoir été exprès conçue en termes qui ne m'obligeaient pas à lui répondre.
Pour le montrer, je vous ferai remarquer les points qu'il a traités, mais par un ordre différent du sien, et tel qu'il eût choisi, sans doute dans un ouvrage plus travaillé, mais qu'il n'a pas jugé nécessaire dans la naïveté d'une lettre; car chacun de ces points se trouve épars dans tout le corps de son discours, et couché en presque toutes ses parties.
Il a dessein d'y déclarer que ma lettre lui a fait quitter son premier sentiment, sans qu'il puisse néanmoins s'accommoder au mien.
Tellement que nous la pouvons considérer comme divisée en deux parties, dont l'une contient les choses qui l'empêchent de suivre ma pensée, et l'autre celles qui appuient son deuxième sentiment. C'est sur chacune de ces parties que j'espère vous faire voir combien peu j'étais obligé de répondre pour la première, qui regarde les choses qui l'éloignent de mon Opinion, ses premières difficultés sont que cet espace ne peut être autre chose qu'un corps, puisqu'il soutient et transmet la lumière, et qu'il retarde le mouvement d'un autre corps. Mais je croyais lui avoir assez montré, dans ma lettre, le peu de force de ces mêmes objections que sa première contenait; car je lui ai dit en termes assez clairs, qu'encore que des corps tombent avec le temps dans cet espace, et que la lumière le pénètre, on ne doit pas attribuer ces effets à une matière qui le remplisse nécessairement, puisqu'ils peuvent appartenir à la nature du
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