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Blaise Pascal - Lettres

hommes de montrer que, quand l'eau y remonte, quelque corps en soit sorti. Cela ne suffirait-il pas,
suivant vos maximes, pour assurer que cet espace est vide? Cependant je dis simplement que mon

sentiment est qu'il est vide, et jugez si ceux qui parlent avec tant de retenue d'une chose où ils ont droit de

parler avec tant d'assurance pourront faire un jugement décisif de l'existence de cette matière ignée, si

douteuse et si peu établie

Après avoir supposé cette matière avec toutes les qualités que vous avez voulu lui donner, vous rendez
raison de quelques-unes de mes expériences. Ce n'est pas une chose bien difficile d'expliquer comment

un effet peut être produit, en supposant la matière, la nature et les qualités de sa cause: cependant il est

difficile que ceux qui se les figurent, se défendent d'une vaine complaisance, et d'un charme secret qu'ils

trouvent dans leur invention, principalement quand ils les ont si bien ajustées, que, des imaginations

qu'ils ont supposées, ils concluent nécessairement des vérités déjà évidentes.

Mais je me sens obligé de vous dire deux mots sur ce sujet; c'est que toutes les fois que, pour trouver la
cause de plusieurs phénomènes connus, on pose une hypothèse, cette hypothèse peut être de trois sortes.

Car quelquefois on conclut un absurde manifeste de sa négation, et alors l'hypothèse est véritable et
constante; ou bien on conclut un absurde manifeste de son affirmation, et lors l'hypothèse est tenue pour

fausse; et lorsqu'on n'a pu encore tirer d'absurde, ni de sa négation, ni de son affirmation, l'hypothèse

demeure douteuse; de sorte que, pour faire qu'une hypothèse soit évidente, il ne suffit pas que tous les

phénomènes s'en ensuivent, au lieu que, s'il s'ensuit quelque chose de contraire à un seul des

phénomènes, cela suffit pour assurer de sa fausseté.

Par exemple, si l'on trouve une pierre chaude sans savoir la cause de sa chaleur, celui-là serait-il tenu en
avoir trouvé la véritable, qui raisonnerait de cette sorte: Présupposons que cette pierre ait été mise dans

un grand feu, dont on l'ait retirée depuis peu de temps; donc cette pierre doit être encore chaude: or elle

est chaude; par conséquent elle a été mise au feu? Il faudrait pour cela que le feu fût l'unique cause de sa

chaleur; mais comme elle peut pro céder du soleil et de la friction, sa conséquence serait sans force. Car

comme une même cause peut produire plusieurs effets différents, un même effet peut être produit par

plusieurs causes différentes C'est ainsi que, quand on discourt humainement du mouvement, de la

stabilité de la terre, tous les phénomènes des mouvements et rétrogradations des planètes, s'ensuivent

parfaitement des hypothèses de Ptolémée, de Tycho, de Copernic et de beaucoup d'autres qu'on peut

faire, de toutes lesquelles une seule peut être et que de là et de ce que les corps y tombent avec temps,

vous voulez conclure qu'une matière le remplit, qui porte cette lumière et cause ce retardement.

Mais, mon R. P., si nous rapportons cela à la méthode de raisonner dont nous avons parlé, nous
trouverons qu'il faudrait auparavant être demeuré d'accord de la définition de l'espace vide, de la lumière

et du mouvement, et montrer par la nature de ces choses une contradiction manifeste dans ces

propositions: "Que la lumière pénètre un espace vide, et qu'un corps s'y meut avec temps." Jusque-là

votre preuve ne pourra subsister; et puisque outre [cela] la nature de la lumière est inconnue, et à vous, et

à moi; que de tous ceux qui ont essayé de la définir, pas un n'a satisfait aucun de ceux qui cherchent les

vérités palpables, et qu'elles nous demeurent être éternellement inconnue, je vois que cet argument

demeurera longtemps sans recevoir la force qui lui est nécessaire pour devenir convaincant.

Car considérez, je vous prie, comment il est possible de conclure infailliblement que la nature de la
lumière est telle qu'elle ne peut subsister dans le vide, lorsque l'on ignore la nature de la lumière. Que si

nous la connaissions aussi parfaitement que nous l'ignorons, nous connaîtrions, peut-être, qu'elle

subsisterait dans le vide avec plus d'éclat que dans aucun autre médium, comme nous voyons qu'elle

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