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Blaise Pascal - Lettres

longue suite d'années, sur tant de triomphantes provinces; mais régnez toujours par la force de votre
mérite sur toute l'étendue de la terre. Pour. moi, n'étant pas né sous le premier de vos empires, je veux

que tout le monde sache que je fais gloire de vivre sous le second; et c'est pour le témoigner, que j'ose

lever les yeux jusqu'à ma Reine, en lui donnant cette première preuve de ma dépendance.

Voilà, Madame, ce qui me porte à faire à Votre Majesté ce pré sent, quoique indigne d'elle. Ma faiblesse
n'a pas étonné mon ambition. Je me suis figuré, qu'encore que le seul nom de Votre Majesté semble

éloigner d'elle tout ce qui lui est disproportionné, elle ne rejette pas néanmoins tout ce qui lui est

inférieur; autrement sa grandeur serait sans hommages et sa gloire sans éloges. Elle se contente de

recevoir un grand effort d'esprit, sans exiger qu'il soit l'effort d'un esprit grand comme le sien. C'est par

cette condescendance qu'elle daigne entrer en communication avec les autres hommes; et toutes ces

considérations jointes me font lui protester avec toute la soumission dont l'un des plus grands admirateurs

de ses héroïques qualités est capable, que je ne souhaite rien avec tant d'ardeur que de pouvoir être avoué,

Madame, de Votre Majesté, pour son très humble, très obéissant et très fidèle serviteur.

II. FRAGMENT D'UNE LETTRE DE PASCAL AU PÈRE LALOUERE

11 septembre 1658.

Mon Révérend Père,

Je voudrais que vous vissiez la joie que votre dernière lettre me donne, où vous dites que vous avez
trouvé la dimension du solide sur l'axe tant de la Cycloïde que de son segment. Je vous supplie de croire

qu'il n'y a personne qui publie plus hautement Les mérites des personnes que moi; mais il faut, à la vérité,

qu'il y ait sujet de le faire; c'est une chose rare, et surtout en ceux qui font profession des sciences, que

d'avoir cette sincérité dont je me vante et que je ferai bien paraître à votre sujet, car je vous assure que j'ai

autant de joie de publier que vous avez résolu les plus difficiles problèmes de la Géométrie que j'avais de

regret en disant que ceux que vous avez résolus étaient peu auprès de ceux-là. Il est certain, mon Père,

que c'est un grand Problème, et je souhaite rais fort de savoir par où vous y êtes arrivé; car enfin M. de

Rober val qui est assurément fort habile, a été six ans à le trouver et vous avez la solution générale dont

sa méthode ne donne qu'un cas qui est celui de la Cycloïde entière.

III. FRAGMENT D'UNE LETTRE A WREN

13 septembre 1658.

Absentia communis amici nostri D. de Carcavi qui tuas ad me misit Epistolas causa est cur non ille sed
ego, quamvis ignotus, audeam respondere...

... Unum tibi dicere habeo, scilicet hic receptas esse ab eximio ex vestris Geometra epistolas in quibus
omnium quæ de Cycloide problematum sunt proposita solutionem tradit. Et ipsi suum ordi nem religiose

servandum ab illo die, scilicet quo recepta fuerunt nempe a decimo die hujus mensis stilo novo. Sic enim

habetur intentio Anonymi proponentis ut, qua die D. de Carcavi excipit solutionem alicujus, eo die ordo

ejus sumatur. Et quidem confor mius fuisset Anonymi ipsius intentioni ut per Notarios Parisienses

attestatio facta fuisset quam per Oxonienses. Parisienses enim fidem facerent receptionis D. de Carcavi,

unde ordo sumitur; Oxonienses vero nihil ad hoc facere possunt... Qui publico instru mento ante

præstitutum tempus illustrissimo D. de Carcavi signi ficaverit, id est, per Notarios Parisienses, per

extraneos enim nihil significari potest D. de Carcavi; et in hoc est aliquantulum plus gratiæ in Gallos

quam in alios Geometras; sic autem voluit Ano nymus, suae legis dominus; itaque, quidquid ante

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