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Blaise Pascal - Lettres
pas pris garde que cet air qu'il dit sortir de l'eau, n'est autre chose que l'air extérieur qui se porte avec l'eau qui tombe, et qui a une facilité tout entière d'y entrer par la même ouverture, parce qu'elle est plus grande que celle par où l'eau s'écoule: si bien que l'eau qui s'écarte en tombant dans cette ouverture, y entraîne tout l'air qu'elle rencontre et qu'elle enveloppe, dont elle empêche la sortie par la violence de sa chute et par l'impression de son mouvement; de sorte que l'air qui entre continuellement dans cette ouverture sans en pouvoir jamais sortir, fuit avec violence par celle qu'il trouve libre, et comme cette épreuve est la seule par laquelle il prouve le mélange de l'eau et de l'air, et qu'elle ne le montre en aucune sorte, il se trouve qu'il ne le prouve nullement.
Le mélange qu'il prouve le moins, et dont il a le plus affaire, est celui du feu avec les autres éléments; car tout ce qu'on peut conclu re de l'expérience du mouchoir et du chat, est que quelques-unes de leurs parties les plus grasses et les plus huileuses s'enflamment par la friction, y étant déjà disposées par la chaleur. Ensuite il nous déclare que son sentiment est que notre espace est plein de cette matière ignée, dilatée et mêlée, comme il suppose sans preuves, parmi tous les éléments, et étendue dans tout l'univers. Voilà la matière qu'il met dans le tuyau; et pour la suspension de la liqueur, il l'attribue au poids de l'air extérieur. J'ai été ravi de le voir en cela entrer dans le sentiment de ceux qui ont examiné ces expériences avec le plus de pénétration; car vous savez que la lettre du grand Toricelli, écrite au seigneur Riccy il y a plus de 4 ans, montre qu'il était dès lors dans cette pensée, et que tous nos savants s'y accordent et s'y confirment de plus en plus. Nous en attendons néanmoins l'assurance de l'expérience qui s'en doit faire sur une de nos hautes montagnes; mais je n'espère la recevoir que dans quelque temps, parce que, sur les lettres que j'en ai écrites il y a plus de 6 mois, on m'a toujours mandé que les neiges rendent leurs sommets inaccessibles.
Voilà donc quelle est sa seconde; et quoiqu'il semble qu'il y ait peu de différence entre cette matière et celle qu'il y plaçait dans sa première lettre, elle est néanmoins plus grande qu'il ne paraît, et voici en quoi.
Dans sa première pensée, la nature abhorrait le vide, et en faisait ressentir l'horreur; dans la deuxième, la nature ne donne aucune marque de l'horreur qu'elle a pour le vide, et ne fait aucune chose pour l'éviter. Dans la première, il établissait une adhérence mutuelle à tous les corps de la nature; dans la deuxième, il ôte toute cette adhérence et tout ce désir d'union. Dans la première il donnait une faculté attractive à cette matière subtile et à tous les autres corps; dans la deuxième il abolit toute cette attraction active et passive. Enfin il lui donnait beaucoup de propriétés dans sa première, dont il la frustre dans la deuxième; si bien que, s'il y a quelques degrés pour tomber dans le néant, elle est maintenant au plus proche, et il semble qu'il n'y ait que quelque reste de préoccupation qui l'empêche de l'y précipiter
Mais je voudrais bien savoir de ce Père d'où lui vient cet ascendant qu'il a sur la nature, et cet empire qu'il exerce si absolument sur les éléments qui lui servent avec tant de dépendance, qu'ils changent de propriétés à mesure qu'il change de pensées, et que l'univers accommode ses effets à l'inconstance de ses intentions. Je ne comprends pas quel aveuglement peut être à l'épreuve de cette lumière, et comment on peut donner quelque croyance à des choses que l'on fait naître et que l'on détruit avec une pareille facilité.
Mais la plus grande [différence] que je trouve entre ces deux opinions, est que le P. Noël assurait affirmativement la vérité de la première, et qu'il ne propose la seconde que comme une simple pensée C'est ce que ma première lettre a obtenu de lui, et le principal effet qu'elle a eu sur son esprit: si bien que comme j'avais répondu à sa première opinion que je ne croyais pas qu'elle eût les conditions nécessaires pour l'assurance d'une chose, je dirai sur la deuxième que, puisqu'il ne la donne que comme une pensée, et qu'il n'a ni la raison ni le sens pour témoins de la matière qu'il établit, je le laisse dans son sentiment,
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