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Blaise Pascal - Lettres

changement au dedans; c'est pourquoi il a pensé que cet espace était toujours le même parce qu'il était
toujours pareil à lui-même. Mais il devait remarquer que l'espace que le tuyau enferme dans une

situation, n'est pas le même que ce lui qu'il comprend dans la seconde; et que, dans la succession de son

mouvement, il acquiert continuellement de nouveaux espaces: si bien que celui qui était vide dans la

première de ses positions, de vient plein d'air, quand il en part pour prendre la seconde, dans laquelle il

rend vide l'espace qu'il rencontre, au lieu qu'il était plein d'air auparavant; mais l'un et l'autre de ces

espaces alternativement pleins et vides demeurent toujours également immobiles. D'où il est évident qu'il

est hors de propos de croire que l'espace vide change de lieu; et ce qui est le plus étrange est que la

matière dont le Père le remplit est telle, que, suivant son hypothèse même, elle ne saurait se transporter

avec le tuyau; car comme elle entre rait et sortirait par les pores du verre avec une facilité tout entière

sans lui adhérer en aucune sorte, comme l'eau dans un vais seau percé de toutes parts, il est visible qu'elle

ne se porterait pas avec lui, comme nous voyons que ce même tuyau ne transporte pas la lumière, parce

qu'elle le perce sans peine et sans engagements, et que notre espèce même exposé au soleil, change de

rayons quand il change de place, sans porter avec soi, dans sa seconde place, la lumière qui le remplissait

dans la première, et que, dans les différentes situations, il reçoit des rayons différents, aussi bien que des

divers espaces.

Enfin, le P. Noël s'étonne qu'il fasse tout et ne fasse rien; qu'il soit partout et nulle part; qu'il soit et fasse
merveilles, bien qu'il ne soit point, qu'il ait des dimensions sans en avoir. Si ce discours a du sens, je

confesse que je ne le comprends pas; c'est pourquoi je ne me tiens pas obligé d'y répondre.

Voilà, monsieur, quelles sont ses difficultés et les choses qui le choquent dans mon sentiment; mais
comme elles témoignent plutôt qu'il n'entend pas ma pensée, que non pas qu'il la contredise, et qu'il

semble qu'il y trouve plutôt de l'obscurité que des défauts, j'ai cru qu'il en trouverait l'éclaircissement

dans ma lettre, s'il prenait la peine de la voir avec plus d'attention; et qu'ainsi je n'étais pas obligé de lui

répondre, puisqu'une seconde lecture suffirait pour résoudre les doutes que la première avait fait naître.

Pour la deuxième partie de sa lettre, qui regarde le changement de sa première pensée et l'établissement
de la seconde, il déclare d'abord le sujet qu'il a de nier le vide. La raison qu'il en rapporte est que le vide

ne tombe sous aucun des sens; d'où il prend sujet de dire que, comme je nie l'existence de la matière, par

cette seule raison qu'elle ne donne aucune marque sensible de son être, et que l'esprit n'en conçoit aucune

nécessité, il peut, avec autant de force, et d'avantage, nier le vide, parce qu'il a cela de commun avec elle,

que pas un des sens ne l'aperçoit. Voici ses termes: "Nous disons qu'il y a de l'eau, parce que nous la

voyons et la touchons; nous disons qu'il y a de l'air dans un ballon enflé, parce que nous sentons la

résistance; qu'il y a du feu, parce que nous sentons la chaleur; mais le vide véritable ne touche aucun

sens."

Mais je m'étonne qu'il fasse un parallèle de choses si inégales, et qu'il n'ait pas pris garde que, comme il
n'y a rien de si contraire à l'être que le néant, ni à l'affirmation que la négation, on procède aux preuves de

l'un et de l'autre par des moyens contraires; et que ce qui fait l'établissement de l'un est la ruine de l'autre.

Car que faut-il pour arriver à la connaissance du néant, que de connaître une entière privation de toutes

sortes de qualités et d'effets; au lieu que, s'il en paraissait un seul, on conclurait, au contraire, l'existence

réelle d'une cause qui le produirait? Et ensuite il dit: u Voyez, Monsieur, lequel de nous deux est le plus

croyable, ou vous qui affirmez un espace qui ne tombe point sous les sens, et qui ne sert ni à l'art ni à la

nature, et ne l'employez que pour décider une question fort douteuse, etc.

Mais, Monsieur, je vous laisse à juger, lorsqu'on ne voit rien, et que les sens n'aperçoivent rien dans un

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