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Blaise Pascal - Lettres

me soumets entièrement à ce qu'en décideront ceux qui ont droit de le faire.

Ni corps, ni esprit. Il est vrai que l'espace n'est ni corps, ni esprit; mais il est espace: ainsi le temps n'est
ni corps, ni esprit: mais il est temps: et comme le temps ne laisse pas d'être, quoiqu'il ne soit aucune de

ces choses, ainsi l'espace vide peut bien être, sans pour cela être ni corps, ni esprit.

Ni substance, ni accident. Cela est vrai, si l'on entend par le mot de substance ce qui est ou corps ou
esprit; car, en ce sens, l'espace ne sera ni substance, ni accident; mais il sera espace, comme, en ce même

sens, le temps n'est ni substance, ni accident; mais il est temps, parce que pour être, il n'est pas nécessaire

d'être substance ou accident: comme plusieurs de leurs Pères soutiennent: que Dieu n'est ni l'un ni l'autre,

quoiqu'il soit le souverain être.

Qui transmet la lumière sans être transparent. Ce discours a si peu de lumière, que je ne puis l'apercevoir:
car je ne comprends pas quel sens ce Père donne à ce mot transparent, puisqu'il trouve que l'espace vide

ne l'est pas. Car, s'il entend par la transparence, comme tous les opticiens, la privation de tout obstacle au

passage de la lumière, je ne vois pas pourquoi il en frustre notre espace, qui la laisse passer librement: si

bien que parlant sur ce sujet avec mon peu de connaissance, je lui eusse dit que ces termes transmet la

lumière, qui ne sont propres qu'à sa façon d'imaginer la lumière, ont le même sens que ceux-ci: laisser

passer la lumière; et qu'il est transparent, c'est-à-dire qu'il ne lui porte point d'obstacle: en quoi je ne

trouve point d'absurdité ni de contradiction.

Il résiste sans résistance. Comme il ne juge de la résistance de cet espace que par le temps que les corps y
emploient dans leurs mouvements, et que nous avons tant discouru sur la nullité de cette conséquence, on

verra qu'il n'a pas raison de dire qu'il résiste: et il se trouvera, au contraire, que cet espace ne résiste point

ou qu'il est sans résistance, où je ne vois rien que de très conforme à la raison.

Qu'il est immuable et se transporte avec le tube. Ici le P. Noël montre combien peu il pénètre dans le
sentiment qu'il veut réfuter; et j'aurais à le prier de remarquer sur ce sujet, que quand un sentiment est

embrassé par plusieurs personnes savantes, on ne doit point faire d'estime des objections qui semblent le

ruiner, quand elles sont très faciles à prévoir, parce qu'on doit croire que ceux qui le soutiennent y ont

déjà pris garde, et qu'étant facilement découvertes, ils en ont trouvé la solution puisqu'ils continuent dans

cette pensée. Or, pour examiner cette difficulté en particulier, si ces antithèses ou contrariétés n'avaient

autant ébloui son esprit que charmé ses imaginations, il aurait pris garde sans doute que, quoi qu'il en

paraisse, le vide ne se transporte pas avec le tuyau, et que l'immobilité est aussi naturelle à l'espace que le

mouvement l'est au corps. Pour rendre cette vérité évidente, il faut remarquer que l'espace, en général,

comprend tous les corps de la nature, dont chacun en particulier en occupe une certaine partie; mais

qu'encore qu'ils soient tous mobiles, l'espace qu'ils remplissent ne l'est pas; car, quand un corps est mû

d'un lieu à l'autre, il ne fait que changer de place, sans porter avec soi celle qu'il occupait au temps de son

repos. En effet, que fait-il autre chose que de quitter sa première place immobile, pour en prendre

successivement d'autres aussi mobiles? Mais celle qu'il a laissée, demeure toujours ferme et inébranlable

si bien qu'elle devient, ou pleine d'un autre corps si quelqu'un lui succède, ou vide si pas un ne s'offre

pour lui succéder; mais soit ou vide ou plein, toujours dans un pareil repos, ce vaste espace, dont

l'amplitude embrasse tout, est aussi stable et immobile en chacune de ses parties, comme il l'est en son

total. Ainsi je ne vois pas comment le P. Noël a pu prétendre que le tuyau communique son mouvement à

l'espace vide, puisque n'ayant nulle consistance pour être poussé, n'ayant nulle prise pour être tiré, et

n'étant susceptible, ni de la pesanteur, ni d'aucune des facultés attractives, il est visible qu'on ne le peut

faire changer. Ce qui l'a trompé est que, quand on a porté le tuyau d'un lieu à un autre, il n'a vu aucun

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