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Arthur de Gobineau - Mademoiselle Irnois

que les plus beaux principes y ont aussi quelquefois des applications fâcheuses, plus d'une avidité
subalterne profita des sentiments de l'Empereur, et se faufila, par leur moyen, dans des familles qui ne

voulaient pas l'accueillir.

Il y avait en 1811, au Conseil d'État, un certain Comte Cabarot dont les services étaient fort appréciés et
qui était en effet un homme de mérite. Petit avocat avant la Révolution à je ne sais quelle cour

souveraine, il avait sucé avec le lait, dans la famille de basoche dont il était issu, une érudition judiciaire

vraiment profonde. Dès son plus bas âge, Cabarot avait entendu parler chicane; les coutumes, la loi

romaine, toutes les lois imaginables, lombardes, bourguignonnes, franques, et jusqu'à la loi salique

avaient été les constantes occupations données à son cerveau par l'auteur de ses jours. Petite merveille

donc, s'il s'était trouvé à trente ans dans le barreau un des hommes les mieux instruits. Envoyé à la

Convention, mais orateur peu disert et trembleur parfait, il s'était rejeté dans la pratique silencieuse des

affaires. Sous le Directoire, le citoyen Cabarot s'était fait remarquer dans les bureaux des ministères. On

l'avait employé avec succès à toutes sortes de besognes; dans ce temps-là les gens de plume devaient être

un peu des Michel Morin.

Cabarot avait été ministre plénipotentiaire, puis commissaire de je ne sais quoi, puis chef de division à la
Justice, puis beaucoup d'autres choses. Bref, Bonaparte, le voyant si expert, le prit et le mit dans le

Conseil d'État, où sa vaste érudition en matière légale acheva de le rendre agréable au maître. On l'avait

fait Comte.

Encore une fois, Cabarot était... je veux dire le Comte Cabarot était un homme érudit et distingué par ses
connaissances pratiques. Mais il était aussi perdu de moeurs que savant et habile. Je ne puis, ni n'en ai la

moindre envie, entrer dans les détails de son existence intérieure. Il me suffira de dire que la société qu'il

voyait, réunion de généraux, d'hommes de son métier, de diplomates, tous gens peu bégueules, riaient

volontiers de ses habitudes, et que le prince Cambacérès lui accordait une part dans ses confidences.

Le Comte Cabarot avec tant de mérites et la faveur de César, n'était pas riche pourtant. Tout au plus
comptait-il trente mille francs de revenu, qui auraient bien semblé une montagne d'or à son père, le

pauvre homme! mais qui ne lui suffisaient pas. Ajoutez à ce chiffre vingt mille francs de dettes par an

environ, et vous conviendrez que ce n'était pas assez.

Le Comte Cabarot, un jour qu'il travaillait avec sa Majesté Impériale et Royale, osa lui toucher
respectueusement quelques mots de sa profonde détresse.

Le souverain des mondes, pour me servir d'une expression orientale, ne répondit à cette plainte touchante
que par des reproches, peut-être mérités, sur les horribles voleries de M. le Comte.

M. le Comte s'excusa de son mieux et revint à la charge, si bien qu'il lui fut demandé ce qu'il voulait.

- « La main de Mlle Irnois mettrait le comble à mes voeux, » répondit le conseiller d'État en s'inclinant.

Là-dessus explication sur ce qu'était Mlle Irnois; comme quoi, au physique, elle était probablement peu
jolie (il était loin de le savoir au juste!) mais aussi comme quoi, au moral, elle avait quatre ou cinq cent

mille livres de rentes, et qu'une telle union comblerait de félicité le plus humble et dévoué sujet de sa

Majesté Impériale et Royale, etc, etc.

Par bonheur le comte Cabarot, en homme d'esprit, et parfaitement informé, s'était pressé d'agir. Il savait
vaguement que la fille avait dix-sept ans et qu'avec les vertus qu'il se plaisait lui-même à

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