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Arthur de Gobineau - Mademoiselle Irnois
blanche comme sa robe. Quand le magistrat lui demanda le oui sacramental, elle avait la tête baissée, et ne répondit rien; mais on n'y prit pas garde et la cérémonie s'acheva.
À l'église, on la soutenait pour la faire marcher, le comte était fort gai et poli. Il avait désormais toute assurance de n'avoir pas perdu sa peine; et il fut jugé galant homme par les promesses qu'il fit à Mme Irnois de considérer comme il fallait l'état de souffrance de sa fille.
Le moment de la séparation fut assez pénible. Comme je l'ai dit, Emmelina comprenait ce qui avait lieu et en ressentait profondément l'ébranlement, mais elle ne dit rien. On lui trouva beaucoup de fièvre et M. Cabarot fit promptement venir un médecin. L'homme de l'art se montra surpris qu'on eût marié une fille ainsi conformée et qu'on eût choisi surtout un moment où elle était visiblement en proie a une réelle souffrance.
On coucha la mariée, et une garde-malade s'installa à côté d'elle.
Le lendemain, en se réveillant à demi de la torpeur dans laquelle elle avait été comme ensevelie, Emmelina appela Jeanne. Ce fut une figure inconnue qui se présenta. Ainsi tout était chagrin pour une âme qui n'avait pas besoin d'être violemment secouée pour être anéantie.
Emmelina voulut se lever. On se récria. Elle insista en pleurant. Enfin l'on céda, et, à demi-habillée, elle se traîna jusqu'à la fenêtre et leva le rideau. On devine ce qu'elle allait chercher.
Au lieu de voir la mansarde et l'ouvrier, elle aperçut le jardin de son hôtel.
Elle se laissa aller dans les bras de la femme qui la soutenait et perdit toute connaissance. On cria, on appela, on porta la comtesse sur son lit. Le médecin accourut et secoua la tête.
Ce qui se passait depuis la veille ne créait pas une maladie mortelle, mais développait rapidement toutes les causes de dissolution déposées par une constitution viciée dans ce pauvre être.
Au milieu de la journée, le comte Cabarot vint demander des nouvelles de sa femme. Il renvoya les gens de service, s'établit près de son lit; puis au bout d'une demi-heure il rappela les domestiques et s'en alla.
Le médecin avait eu raison de secouer la tête. La comtesse traîna encore huit jours. Tous les matins, elle faisait ouvrir sa fenêtre, pour voir si elle apercevait la mansarde; puis, trompée, elle soupirait.
Elle ne fit pas une plainte et ne prononça pas un seul mot qui pût donner à connaître ce qui se passait en elle.
Le huitième jour elle mourut.
Le comte Cabarot lui fit des obsèques magnifiques. Il héritait de tout ce qu'elle avait apporté en dot. Par suite de sa prudence et de ses bons procédés, il obtint de M. Irnois la confirmation des dispositions dernières qu'avant de mourir, Emmelina avait signées en sa faveur.
La mère, les tantes, le père tombèrent dans un chagrin qu'on ne saurait exprimer mais chacun autour d'eux les trouvait plus à féliciter qu'à plaindre.
- « Ce n'était vraiment pas une femme », disaient les voisins en levant les épaules.
Les voisins avaient raison; mademoiselle Irnois était une âme. Sa vie n'avait pas été pareille à l'existence ordinaire des enfants des hommes. Si, par un hasard difficile, j'en conviens, elle eût pu rencontrer ce que
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