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Arthur de Gobineau - Mademoiselle Irnois
Je poussai presque à l'extravagance et pour couronner l'oeuvre j'offris d'aller m'informer sur l'heure même de la situation du malheureux. Un empressement marqué accueillit ma proposition, et je m'élançai vers la mansarde. »
« Je ne trouvai point, comme je m'y attendais quelque maroufle mourant de faim, mais un petit gaillard frétillant, qui me fit l'effet d'un véritable héros de guinguette. »
- « Oh! Mon pauvre Cabarot! s'écria le baron en éclatant de rire, est-ce que?... »
- « Ce fut précisément l'idée qui me vint, reprit le comte. Je me dis comme vous: est-ce que?... Et je fis causer l'ouvrier; il me rassura quant au passé et ne me laissa pas sans inquiétude sur les dispositions de ma future. Quand je dis sans inquiétude, c'est une façon de parler, car je vous assure, et vous me croirez, que l'amour fidèle de Mme la comtesse Cabarot serait pour moi un bien grandement inutile. »
« Mais il paraît que la petite personne a les passions vives et que j'aurai aussi mille raisons pour la tenir en chartre privée, ou pour la mettre à l'écart, comme il me conviendra mieux. »
« Vous voyez donc que je n'ai pas tort de faire l'empressé, puisque je dois à cette façon d'agir de précieuses notions sur le caractère de ma prétendue. »
On rit beaucoup de l'avenir conjugal qui paraissait réservé à Cabarot; le pauvre Cabarot! On fit succéder aux observations particulières sur le cas présent des observations générales sur les femmes qui, dirent ces messieurs, avaient toutes, spirituelles ou sottes, malades ou valides, un fond natif de perversité contre lequel l'éducation luttait en vain. Les habitants de ce salon avaient peu d'estime pour la belle moitié du genre humain.
L'époque du mariage avançait rapidement. Emmelina ne s'en occupait point. Elle avait même pris un certain goût pour Cabarot, depuis la visite du conseiller d'État chez le jeune tourneur; M. Irnois en avait tiré la conséquence que sa fille n'était pas fâchée de se marier; et Mlles Maigrelut abondèrent dans son sens, en déclarant qu'après tout il n'était pas désagréable de devenir comtesse et grande dame. Mme Irnois seule, a demi éclairée par un instinct qui fait le mérite et la gloire de la sarigue, concevait des doutes et même des inquiétudes graves. Emmelina, encore une fois, ne s'occupait de rien, et passait toute sa journée à sa fenêtre, occupée à regarder l'artisan.
Voici la fin de l'histoire qui approche: je voudrais lui enlever toutes les apparences du mélodrame. Le mélodrame n'est pas vrai, la vérité seule est triste.
Le matin du jour marqué pour le mariage, Cabarot arriva de très bonne heure avec ses témoins. M. Irnois avait convoqué les siens, deux hommes de son espèce. On se réunit dans le salon; grâce au Comte, il régnait une espèce de gaîté. D'ailleurs, Mlles Maigrelut avaient fini par le trouver aimable, pour des pastilles qu'il leur avait quelquefois apportées.
On habilla la mariée en blanc, avec une couronne et un bouquet de fleurs d'oranger, comme c'est l'usage. Elle s'impatienta beaucoup, parce que tous ces dérangements inaccoutumés l'empêchèrent de se mettre à sa fenêtre. Quand il fallut sortir, elle éprouva un grand déplaisir, et lorsque M. Cabarot s'avança au devant d'elle en grand costume, et lui prit la main, qu'elle vit des visages inconnus et une sorte de solennité répandue partout, elle parut réfléchir et comprendre qu'il se passait quelque chose qui méritait son attention.
À la mairie, elle devina, à ce qu'il paraît ce qu'on lui disait et toute la portée des paroles, car elle devint
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