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Arthur de Gobineau - Mademoiselle Irnois
espérances surtout se trouvèrent plus formidables qu'on ne l'aurait cru. M. Irnois était immensément riche. - « Comment se peut-il, se disaient les rivaux dépités, que ce polisson de millionnaire ait su se cacher si bien dans son trou, et que Cabarot ait été le premier à la déterrer? » Outre le bonheur d'épouser Mlle Irnois le comte eut celui de voir doubler sa réputation de fin diplomate, tant cette négociation entreprise par lui dans son intérêt particulier lui fit honneur sous le rapport de la discrétion avec laquelle elle avait été conduite, des augustes moyens qu'il avait su employer, et, finalement, de l'éclatant succès qu'il avait remporté. On en parla dans se sens en bon lieu, et plus que jamais l'ambassade qui lui était promise lui fut assurée.
Il allait tous les jours faire sa cour à sa future. Je l'ai déjà dit, il détestait les moyens violents et tout ce qui y ressemblait. Avec ses intimes, il ne se cachait plus de l'impression que lui produisait tout ce qu'il voyait chez sa belle-mère. Mais il faisait tout comme s'il eût été transporté d'aise, une fois qu'il se trouvait dans la maison de sa future.
Un soir surtout il en causa à coeur ouvert. C'était en petit comité, chez M. le baron R... Il était deux heures du matin; on avait joué un jeu d'enfer, et, après souper, cette fine fleur des gens d'esprit de l'époque se délassait en faisant un doigt de conversation.
- « D'honneur! s'écria un des convives, je ne conçois pas votre conduite, mon cher Cabarot. Car d'aller épouser la fille d'Irnois, étant ce qu'elle est, c'est déjà bien fou! J'ai pris des informations en tapinois, et la pauvrette, m'a-t-on dit, serait plutôt bonne à mener à l'hôpital qu'à l'autel! Mais, outre que vous l'épousez, vous y allez tous les jours! C'est d'une patience dont je ne vous aurais jamais cru capable. »
Cabarot enfonça ses mains dans ses poches jusqu'aux coudes, et prenant un de ces airs que l'on appelle moitié figue moitié raisin, il se laissa aller à quelques menus propos qui ressemblaient assez à des confidences.
- « Eh! dit-il, je mérite les compliments! Il est certain que je ne manque pas de longanimité, et qu'il y a bien des moments où je suis tenté d'envoyer au diable ma future famille. »
- « Ils ne sont pas aimables, hein? » dit le maître de la maison en riant.
- « Comme vous le dites, mon cher, reprit Cabarot; je viens d'y faire une séance de deux heures, et j'ai failli me jurer à moi-même que la première de mes actions en sortant de l'église serait de me brouiller avec mon beau-père. »
- « Et la seconde? » demanda quelqu'un.
- « D'en faire autant avec ma belle-mère. »
- «La troisième, probablement de le leur renvoyer votre femme, » s'écria un autre interlocuteur.
- « Ne devançons pas l'avenir! poursuivit Cabarot; l'impatience m'emportait; mais me voyez-vous pendant deux heures, assis dans un fauteuil à peu près comme je suis là, ayant devant moi la fille qui pleure, à ma droite deux tantes qui gémissent; à ma gauche la mère qui fond en larmes; derrière mon dos le père qui se promène en maugréant? Et pendant deux heures je suis là, le sourire sur les lèvres, blâmant doucement cette sensibilité exagérée, faisant des mamours de tous les côtés, et feignant de pleurer de compagnie quand je n'ai pas sur les lèvres un sourire de bénignité. »
- « Je m'étonne de votre mansuétude, dit le baron R..., car puisque vous épousez décidément vous n'avez
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