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Arthur de Gobineau - Mademoiselle Irnois
- « Les vertus dont elle est douée, reprit le Comte Cabarot avec un redoublement d'enthousiasme, oui, ses vertus, voilà ce qui m'attache à elle! Croyez-moi, je n'ai jamais ambitionné qu'une épouse vertueuse et sage! Mais ne pourrais-je voir la belle et touchante Emmelina? Ne me sera-t-il pas permis de déposer à ses pieds mêmes l'hommage de mon coeur? Vous comprenez mon impatience et... »
Une crainte subite vint serrer le coeur de Mme Irnois:
- « Je vous avertirai d'une chose, » dit-elle.
- « Et de laquelle? » s'écria le comte prêt à souscrire à tout, à ne se laisser arrêter par aucune difficulté, à accepter toutes les conditions au moins provisoirement.
- « Je vous prie de remarquer que ma fille est une enfant, et qu'il ne faut pas supposer mal des manières qu'elle pourra avoir avec vous. Elle sera peut-être un peu plus affectueuse qu'il n'est d'usage. »
- « Peste! songea Cabarot, il paraît que c'est une égrillarde! On y veillera. »
Il ajouta tout haut:
- « Caractère franc et sans façon: c'est un gage de bonheur à ajouter à tant d'autres. »
- « Je vous avertis, poursuivit Mme Irnois, qu'elle est prévenue en votre faveur, et cela je ne sais comment, car elle ne sort jamais, et je ne sache pas qu'elle vous ait jamais vu. »
- « C'est un effet de la sympathie, s'écria Cabarot en riant; mais encore, ne pourrais-je la voir? Nous causerons de tout cela fort à loisir. Je brûle de lui être présenté. »
- « Catherine, dit Mme Irnois, va je te prie dire à Jeanne de l'apporter. »
Ce mot l'apporter donna un frisson au comte Cabarot. Il pensa qu'on venait de lui parler de difformité. Il se figura les choses au pire. De quelque philosophie qu'il fût doué, il eut un moment d'hésitation. Il fut sur le point de se poser lui-même son mariage comme une question et d'admettre des causes de rupture; heureusement cette crise ne dura pas. Il se rappela sur le champ qu'une auguste volonté avait été compromise par lui dans cette affaire, et que reculer c'était en quelque façon faire mépris des bienfaits du maître; que d'ailleurs il épousait fort peu la fille et beaucoup la dot; qu'avec une fortune comme celle dont il aurait la jouissance, il aurait la pleine liberté de loger sa femme aussi loin de lui qu'il voudrait, et même de la reléguer à la campagne, si le séjour dans un même hôtel venait à lui déplaire.
Le comte Cabarot avait à peu près terminé les réflexions que l'on vient de voir plus haut, quand la porte s'ouvrit et la tante Catherine reparut.
- « Voici Emmelina, » dit-elle en reprenant sa chaise et son tricot.
En effet, derrière elle entra Jeanne, portant la jeune fille dans ses bras. Ce fut une scène singulière.
Au moment où l'on vit la vieille domestique et son vivant fardeau, la pauvre malade parut rouge comme une cerise, les yeux pleins d'une ivresse angélique, belle, très belle! tant elle avait d'émotion et d'amour répandus sur tous ses traits. Mme Irnois avait bien fait de prévenir le comte, car le premier mot d'Emmelina fut de s'écrier:
- « Où est-il? Où est-il? »
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