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Arthur de Gobineau - La Chasse au Caribou

termes: Il est fort désagréable, sans doute, de traiter avec les épiscopaux; mais si nous voulons une bonne
fois terminer cette question qui touche aux intérêts les plus sacrés de la colonie, je veux dire l'exportation

de la morue et la restriction du commerce de la boëtte, il faut mettre sous nos pieds toutes les

répugnances, et voter avec Codham et ses amis, du moins jusqu'à ce que la question soit vidée! Et

l'évêque me comprendra! Mais c'est assez! Je demande à porter une santé.

Le plus profond silence s'établit; Harrison prit son verre, et debout, la main gauche appuyée sur la nappe,
dans l'attitude d'un orateur déterminé à émouvoir une grande assemblée, il prononça le discours suivant:

« Gentlemen and ladies! des philosophes ont avancé avec raison que, loin d'être une frontière, les fleuves
étaient les grandes routes naturelles des nations! Quel jugement porterons-nous donc de la mer, le plus

immense de tous les fleuves, et de l'Amérique, assez heureuse pour voir ses rivages enveloppés de toutes

parts par cette grande voie naturelle? »

Ici un murmure flatteur salua l'exorde. Harrison continua d'une voix plus haute:

« N'en doutez pas! C'est par la mer que le monde sera régénéré, et c'est l'Amérique qui fera l'aumône d'un
peu de sa force, d'un peu de sa vertu, d'un peu de son génie, d'un peu de sa richesse à ce vieux monde

souffreteux, et particulièrement à cette misérable Europe, accablée en ce moment sous le fardeau de son

ignorance, de sa misère, de son asservissement! »

L'enthousiasme devint énorme; les huit fils rivaient les yeux hors de la tête et buvaient coup sur coup, les
six filles étaient rouges comme des petits coqs, et M. Georges Barton approuvait en grommelant de la

façon la plus encourageante. Quant à madame Harrison, elle porta mélancoliquement la main à sa joue

gauche, ce qui sembla indiquer l'invasion de quelque douleur lancinante. Harrison, promenant sur cette

scène un sourire d'orgueilleuse satisfaction, continua en ces termes:

« C'est pourquoi, mes chers concitoyens, je vous propose un toast à notre nouvel ami, M. Charles Cabert,
lui souhaitant la bienvenue dans notre pays libre, et désirant du fond de mon coeur que les observations

qu'il pourra faire et l'expérience qu'il pourra recueillir l'amènent à comprendre la supériorité de nos

institutions et la grandeur de notre avenir! »

L'orateur s'assit, M. Charles Cabert s'inclina pour le remercier, et après avoir vidé son verre, il croyait
tout fini, quand M. Georges Barton lui cria d'une voix de Stentor:

- À votre tour, maintenant, répondez!

« Diable! se dit le jeune élégant, qu'est-ce que je m'en vais leur dire? »

Tous les yeux étaient fixés vers lui; il fallait s'exécuter.

« Mesdames et messieurs, commença l'orateur d'une voix émue, pardonnez à un étranger obligé de se
servir d'une langue qui n'est pas tout à fait la sienne, bien que..., dans ces temps de haute civilisation...,

naturellement... tous les hommes soient frères et faits pour se comprendre! »

Ce début parut poli, et l'auditoire se montrant satisfait, Charles se sentit dans la bonne voie et poursuivit
en ces termes:

« Le commerce... non!... si!... je veux dire le commerce et l'industrie éclairés par la science, et la science
à son tour suivant les conseils de l'expérience, sont, dans une certaine mesure, à considérer comme les

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