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Arthur de Gobineau - La Chasse au Caribou
Tout le monde beugla.
- Once more! hurla Harrison, hep, hep, hep, hourrah!
Les vitres tressaillirent, et la maison parut prête à s'écrouler.
- Maintenant, reprit Harrison, retournez danser! J'accompagnerai mon hôte à la goëlette avec mes fils et ceux qui voudront venir.
- Nous irons tous! cria la foule.
O'Lary se précipita tête baissée, saisit Charles par le milieu du corps, l'assit sur son épaule, et, malgré les coups de pied que celui-ci lui assénait dans la poitrine, l'emporta rapidement vers le quai; tout suivit en vociférant des hourrahs!
Arrivé à destination, Charles fut posé à terre; les embrassades recommencèrent. Barton y mit fin en entraînant son compagnon et en retirant la planche qui leur avait servi à gagner la goëlette; mais tandis qu'il manoeuvrait avec les deux hommes formant son équipage, pour se débrouiller hors des nombreux bâtiments au milieu desquels il avait été mouillé et gagner la sortie du port, on entendit longtemps encore des hourrahs! et des « Cabert for ever! » à défrayer toute une élection anglaise.
- Allez m'ôter ces jolies choses que vous avez sur le corps, dit Barton, et mettez-vous en tenue de mer! Voilà la cabine.
Charles trouva le conseil bon, et entra; mais à la lueur de la petite lampe pâle qui éclairait la cellule navale, il eut beaucoup de peine à savoir où placer le pied, car le plancher était couvert de paniers de provisions de toute espèce, de bouteilles de toutes formes, bordeaux, champagne, sherry, marsala, eau-de-vie, rhum, ale, porter et spruss, dont la sollicitude d'Harrison avait pris soin d'approvisionner son voyage.
Horrible bête! pensa Cabert, révolté plus que touché par cette munificence de mauvais goût. Il était si exaspéré contre les gens au milieu desquels il était tombé, et d'ailleurs si épuisé de fatigue, qu'au lieu de changer de vêtements et de revenir sur le pont, il se coucha et s'endormit d'un profond sommeil.
Quand il s'éveilla, il fut comme aveuglé par le jour. Il regarda sa montre. Il était midi. Mais la goëlette dansait horriblement.
Il ne manquait plus que cela, se dit le jeune homme. Un gros temps! Probablement nous sommes en retard, car nous devrions être rendus. J'imagine que ce Barton demeure à quelques heures de Saint-Jean; dans tous les cas, voyons un peu.
Charles s'habilla, non sans peine, en luttant contre le roulis et le tangage, et il arriva trébuchant sur le pont. Il pleuvait à verse, et le vent soufflait à décorner les boeufs. Barton était à la barre, couvert de toile cirée et fumant son cigare.
- J'ai bonne chance, dit-il à Cabert en souriant avec aménité; si nous pouvons garder ce même vent pendant trois jours, dans huit jours nous serons chez nous.
- Comment, dans huit jours! s'écria Charles au désespoir. Où allons-nous donc?
- Mais sur la côte ouest, j'imagine, et, à moins que mon îlot n'ait changé de place, à quinze milles de la
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