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Arthur de Gobineau - Adelaïde

éblouir; une taille de reine, des bras admirables, rien d'une jeune fille, beaucoup d'une impératrice, au
grand moins l'esprit de sa mère, son audace et sa hauteur implacables, et en plus, ce qui n'était pas à

dédaigner, le sentiment parfaitement défini qu'elle tenait le pas comme femme aimée vis-à-vis de celle

qui ne l'était plus et comme beauté dans sa fleur vis-à-vis de la rose plus qu'à demi effeuillée. Quant à

une notion quelconque des rapports de fille à mère, pas l'ombre.

Il faut avouer qu'entre ces deux olympiennes le pauvre Frédéric Rothbanner, si doux, si poli, si
affectueux toujours, si spirituel quand rien ne presse, ne faisait pas grande mine et je me l'imagine assez,

accoudé sur le marbre de la cheminée, dans son attitude toujours élégante et correcte, mais ne trouvant

pas le plus petit mot à dire.

Élisabeth fut un peu surprise de l'apparition de sa fille, et par son hésitation elle perdit l'avantage de
l'attaque. D'ailleurs elle ne savait pas ce que la jeune demoiselle avait dans l'esprit.

- Madame, dit mademoiselle d'Hermansburg d'un ton froid et léger, je vous demande pardon d'entrer
ainsi chez vous; mais comme je suppose que monsieur vous a déjà parlé, vous comprenez si la question

m'intéresse et si j'ai quelque sujet de me mêler de mes propres affaires. Depuis quinze jours déjà M. de

Rothbanner m'annonce son intention de vous demander ma main; j'y ai consenti, mais chaque matin et

chaque soir il m'allègue quelque raison pour n'avoir rien fait encore. Je désire la fin de cette situation, et

je tiens à savoir si Monsieur vous a fait connaître nos intentions. S'il n'a rien dit, il faut qu'enfin il

s'explique.

- Mademoiselle, répondit la comtesse, vous n'épouserez pas monsieur de Rothbanner.

- Pourquoi, Madame?

- Parce que M. de Rothbanner m'appartient et m'épouse.

- Répondez, Frédéric! dit Adélaïde en se tournant d'un air hautain vers le jeune homme. Celui-ci se
trouva en face de deux paires d'yeux qui le tenaient en joue et on ne peut assurer qu'il fût à son aise. Il

cherchait à condenser quelque chose de conciliant dans une phrase qui ne déterminât pas une explosion,

quand la comtesse prit la parole.

-Mon Dieu! je ne comprends pas très bien ce débat; il serait ridicule, il faut en convenir, si votre
inexpérience ne l'excusait un peu. Rentrez chez vous et pensez à autre chose.

- Madame, reprit violemment Adélaïde, en croisant les bras sur sa poitrine et en portant alternativement
sur sa mère et sur Frédéric des regards où la tempête éclatait, comme je n'ai rien à ménager, je réclame ce

qui m'appartient; et vous, parlez! dit-elle en frappant du pied; vous savez ce qu'il vous appartient de

déclarer! - Et moi encore mieux! s'écria Élisabeth. Tenez, finissons-en et pas de mélodrame! J'ai horreur

des scènes et du mauvais ton. Vous pouvez être assurés tous deux que je ne me laisserai écraser ni par

l'un ni par l'autre; mais que je vous écraserai l'un et l'autre peut-être. Vous, mademoiselle d'Hermansburg,

vous n'êtes pas majeure et je vous mettrai dans un couvent, en disant pourquoi; vous, M. de Rothbanner,

vous vous débattrez avec l'opinion publique qui, peut-être, comprendra mal que dans une maison, la

mienne, vous vous soyez permis tant de libertés. je ne vous donne pas une heure pour choisir, je vous

donne une minute. Ou moi, ou ce que j'ai dit. Répondez!

Adélaïde prononça les mots suivants en serrant les dents, mais d'une manière fort distincte, et en même
temps elle regardait le jeune homme en face:

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