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Anatole France - Monsieur Bergeret à Paris
Car il n'y a son pareil qu'en Angleterre. Nous mettrons dessus vos vases en porcelaine, qui proviennent du Grand Dauphin, ces deux merveilleuses potiches en céladon, montées en bronze par Caffieri. Ce sera éblouissant!...
Le baron Davant arrêta Frémont:
- Ces montures, dit-il avec un ton de sagesse attristée, ne sont pas de Philippe Caffieri. Elles sont marquées d'un C surmonté d'une fleur de lis. C'est la marque de Cressent. On peut l'ignorer. Mais il ne faut pas dire le contraire.
Frémont reprit ses supplications:
- Madame, montrez votre magnificence, ajoutez à cet envoi votre tenture de Leprince, la Fiancée moscovite. Et vous vous assurerez des droits à la reconnaissance nationale.
Elle était près de céder. Avant de consentir, elle interrogea du regard Joseph Lacrisse, qui lui dit:
- Envoyez-leur votre XVIIIe siècle, puisqu'ils en manquent.
Puis, par déférence pour le comte Davant, elle lui demanda ce qu'il fallait faire.
Il lui répondit:
- Faites ce que vous voudrez. Je n'ai pas de conseils à vous donner. Envoyez ou n'envoyez pas vos meubles à l'Exposition, ce sera tout un. Rien ne fait rien, comme disait mon vieil ami Théophile Gautier.
- Ça y est, pensa Frémont! Je vais tout à l'heure aller annoncer au ministère que j'ai décroché la collection Bonmont. Cela vaut bien la rosette.
Et il sourit intérieurement. Ce n'est pas qu'il fût un sot. Mais il ne méprisait pas les distinctions sociales, et il trouvait piquant qu'un condamné de la Commune fût officier de la Légion d'honneur.
- Il faut pourtant, dit Joseph Lacrisse, que je prépare le discours que je prononcerai dimanche au banquet des Grandes-Écuries.
- Oh! soupira la baronne. Ne vous donnez pas de peine. C'est inutile. Vous improvisez si merveilleusement!...
- Et puis, mon cher, dit Jacques de Cadde, ce n'est pas difficile de parler aux électeurs.
- Ce n'est pas difficile, si vous voulez, reprit l'élu Lacrisse, mais c'est délicat. Nos adversaires crient que nous n'avons pas de programme. C'est une calomnie; nous avons un programme, mais....
- La chasse à la perdrix, voilà le programme, messieurs, dit Jambe-d'Argent.
- Mais l'électeur, poursuivit Joseph Lacrisse, est plus complexe qu'on ne se le figure tout d'abord. Ainsi, moi, j'ai été élu aux Grandes-Écuries, par les monarchistes naturellement, et par les bonapartistes, et aussi par les... comment dirai-je? par les républicains qui ne veulent plus de la République, mais qui sont républicains tout de même. C'est un état d'esprit qui n'est pas rare à Paris, dans le petit commerce. Ainsi le charcutier, qui est le président de mon Comité, me le crie à plein gosier:
«La République des républicains, je n'en veux plus. Si je pouvais, je la ferais sauter, dussé-je sauter avec.
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