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Anatole France - Monsieur Bergeret à Paris

Vous pouvez le faire la tête haute, puisque vous êtes nationaliste. N'hésitez pas. Le succès en dépend, et
il importe à la bonne cause que vous soyez élu.

Joseph Lâcrisse céda par patriotisme. Et il écrivit au Prince pour lui exposer la situation et protester de
son dévouement.

On arrêta sans difficulté les termes du programme. Défendre l'armée nationale contre une bande de
forcenés. Combattre le cosmopolitisme. Soutenir les droits des pères de famille violés par le projet du

gouvernement sur le stage universitaire. Conjurer le péril collectiviste. Relier par un tramway le quartier

des Grandes-Écuries à l'Exposition. Porter haut le drapeau de la France. Améliorer le service des eaux.

De plébiscite il n'en fut pas question. On ne savait ce que c'était dans le quartier des Grandes-Écuries.
Joseph Lacrisse n'eut point l'embarras de concilier sa doctrine, qui était celle du droit divin, avec la

doctrine plébiscitaire. Il aimait et admirait Déroulède. Il ne le suivait pas aveuglément.

- Je ferai faire des affiches tricolores, dit-il à Bonnaud. Ce sera d'un bel effet. Il ne faut rien négliger pour
frapper les esprits.

Bonnaud l'approuva. Mais le conseiller sortant, Raimondin, ayant obtenu à la dernière heure
l'établissement d'une ligne de tramways à vapeur allant des Grandes-Écuries au Trocadéro, publiait

abondamment cet heureux succès. Il honorait l'armée dans ses circulaires et célébrait les merveilles de

l'Exposition comme le triomphe du génie industriel et commercial de la France, et la gloire de Paris. Il

devenait un concurrent redoutable.

Sentant que la lutte serait rude, les nationalistes haussèrent leur courage. Dans d'innombrables réunions,
ils accusèrent Raimondin d'avoir laissé mourir de faim sa vieille mère et voté la souscription municipale

au livre d'Urbain Gohier. Ils flétrirent chaque nuit Raimondin, candidat des juifs et des panamistes. Un

groupe de républicains progressistes se forma pour soutenir la candidature de Joseph Lacrisse et lança la

circulaire que voici:

Messieurs les Électeurs,

Les graves circonstances que nous traversons nous font un devoir de demander compte aux candidats aux
élections municipales de leur sentiment sur la politique générale, de laquelle dépend l'avenir du pays. A

l'heure où des égarés ont la prétention criminelle d'entretenir une agitation malsaine de nature à affaiblir

notre cher pays; à l'heure où le Collectivisme, audacieusement installé au pouvoir, menace nos biens,

fruits sacrés du travail et de l'épargne; à l'heure où un gouvernement établi contre l'opinion publique

prépare des lois tyranniques, vous voterez tous pour

M. Joseph LACRISSE

AVOCAT A LA COUR D'APPEL

Candidat de la liberté de conscience et de la République honnête.

Les socialistes nationalistes du quartier avaient pensé d'abord désigner un candidat à eux, dont les voix,
au second tour, se fussent reportées sur Lacrisse. Mais le péril imminent imposait l'union. Les socialistes

nationalistes des Grandes-Écuries se rallièrent à la candidature Lacrisse et firent un appel aux électeurs:

Citoyens,

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