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Anatole France - Monsieur Bergeret à Paris

magistrat; Lafolie, boucher, obtint cent voix en moyenne. La liste des républicains progressistes: Félix
Panneton, industriel; Dieudonné de Gromance, propriétaire; Mulot, explorateur; docteur Fornerol, obtint

cent trente voix en moyenne; Laprat-Teulet, compromis dans le Panama, ne réunit sur son nom que cent

vingt suffrages. Les trois autres sénateurs sortants, républicains radicaux, obtinrent deux cents voix en

moyenne.

Au second tour de scrutin, Laprat-Teulet tomba à soixante voix.

Au troisième tour, Goby, Mannequin, Ledru, sénateurs sortants radicaux, et Félix Panneton, républicain
progressiste, furent élus.

XX

- Contemplez ce spectacle, dit, sur les marches du Trocadéro, M. Bergeret à M. Goubin, son disciple, qui
essuyait les verres de son lorgnon. Voyez: dômes, minarets, flèches, clochers, tours, frontons, toits de

chaume, d'ardoise, de verre, de tuile, de faïences colorées, de bois, de peaux de bêtes, terrasses italiennes

et terrasses mauresques, palais, temples, pagodes, kiosques, huttes, cabanes, tentes, châteaux d'eaux,

château de feu, contrastes et harmonies de toutes les habitations humaines, féerie du travail, jeux

merveilleux de l'industrie, amusement énorme du génie moderne, qui a planté là les arts et métiers de

l'univers.

- Pensez-vous, demanda M. Goubin, que la France tirera profit de cette immense Exposition?

- Elle en peut recueillir de grands avantages, répondit M. Bergeret, à la condition de n'en pas concevoir
un stérile et hostile orgueil. Ceci n'est que le décor et l'enveloppe. L'étude du dedans donnera lieu de

considérer de plus près l'échange et la circulation des produits, la consommation au juste prix,

l'augmentation du travail et du salaire, l'émancipation de l'ouvrier. Et n'admirez-vous pas, monsieur

Goubin, un des premiers bienfaits de l'Exposition universelle? Voici que, tout d'abord, elle a mis en

déroute Jean Coq et Jean Mouton. Jean Coq et Jean Mouton, où sont-ils? On ne les voit ni ne les entend.

Naguère on ne voyait qu'eux. Jean Coq allait devant, la tête haute et le mollet tendu. Jean Mouton allait

derrière, gras et frisé. Toute la ville retentissait de leur cocorico et de leur bêe, bêe, bêe;

car ils étaient éloquents. J'ouïs, un jour de cet hiver, Jean Coq qui disait:

» - Il faut faire la guerre. Ce gouvernement l'a rendue inévitable par sa lâcheté.

»Et Jean Mouton répondait:

» - J'aimerais assez une guerre navale.

» - Certes, disait Jean Coq, une naumachie serait congruente à l'exaltation du nationalisme. Mais ne
pouvons-nous faire la guerre sur terre et sur mer? Qui nous en empêche?

» - Personne, répondait Jean Mouton. Je voudrais bien voir que quelqu'un nous en empêchât! Mais
auparavant il faut exterminer les traîtres et les vendus, les juifs et les francs-maçons. C'est nécessaire.

» - Je l'entends bien ainsi, disait Jean Coq, et ne partirai en guerre que lorsque le sol national sera purgé
de tous nos ennemis.

»Jean Coq est vif, Jean Mouton est doux. Mais ils savent trop bien tous deux comment on trempe les
énergies nationales pour ne pas s'efforcer, par tous les moyens possibles, d'assurer à leur pays les

bienfaits de la guerre civile et de la guerre étrangère.

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