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Anatole France - Monsieur Bergeret à Paris
- Est-ce qu'il est méchant, ton chien, papa?
- Non. Il est intelligent et il n'est pas méchant.
- Je ne le crois pas intelligent, dit Zoé.
- Il l'est, dit M. Bergeret. Il ne comprend pas toutes nos idées; mais nous ne comprenons pas toutes les siennes. Les âmes sont impénétrables les unes aux autres.
- Toi, Lucien, dit Zoé, tu ne sais pas juger les personnes.
M. Bergeret dit a Pauline:
- Viens, que je te voie un peu. Je ne te reconnais plus.
Et Riquet eut une pensée. Il résolut d'aller trouver, à la cuisine, la bonne Angélique, de l'avertir, s'il était possible, des troubles qui désolaient la salle à manger. Il n'espérait plus qu'en elle pour rétablir l'ordre et chasser les intrus.
- Où as-tu mis le portrait de notre père? demanda mademoiselle Zoé.
- Asseyez-vous et mangez, dit M. Bergeret. Il y a du poulet et diverses autres choses.
- Papa, c'est vrai que nous allons habiter Paris?
- Le mois prochain, ma fille. Tu en es contente?
- Oui, papa. Mais je serais contente aussi d'habiter la campagne, si j'avais un jardin.
Elle s'arrêta de manger du poulet et dit:
- Papa, je t'admire. Je suis fière de toi. Tu es un grand homme.
- C'est aussi l'avis de Riquet, le petit chien, dit M. Bergeret.
II
Le mobilier du professeur fut emballé sous la surveillance de mademoiselle Zoé, et porté au chemin de fer.
Pendant les jours de déménagement, Riquet errait tristement dans l'appartement dévasté. Il regardait avec défiance Pauline et Zoé dont la venue avait précédé de peu de jours le bouleversement de la demeure naguère si paisible. Les larmes de la vieille Angélique, qui pleurait toute la journée dans la cuisine, augmentaient sa tristesse. Ses plus chères habitudes étaient contrariées. Des hommes inconnus, mal vêtus, injurieux et farouches, troublaient son repos et venaient jusque dans la cuisine fouler au pied son assiette à pâtée et son bol d'eau fraîche. Les chaises lui étaient enlevées à mesure qu'il s'y couchait et les tapis tirés brusquement de dessous son pauvre derrière, que, dans sa propre maison, il ne savait plus où mettre.
Disons, à son honneur, qu'il avait d'abord tenté de résister. Lors de l'enlèvement de la fontaine, il avait aboyé furieusement à l'ennemi. Mais à son appel personne n'était venu. Il ne se sentait point encouragé, et même, à n'en point douter, il était combattu. Mademoiselle Zoé lui avait dit sèchement: «Tais-toi donc!» Et mademoiselle Pauline avait ajouté: «Riquet, tu es ridicule!» Renonçant désormais à donner des
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