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Anatole France - Le Jardin d'Épicure

sujet d'inquiétude mortelle! Il veut toute cette chair. Il la veut plus et mieux que n'a permis la nature, et
toute.

La femme n'a pas cette imagination. Le plus souvent, ce qu'on prend chez elle pour de la jalousie, c'est la
rivalité. Mais, quant à cette torture des sens, à cette hantise des apparitions odieuses, à cette fureur

imbécile et lamentable, à cette rage physique, elle ne la connaît point ou ne la connaît guère. Son

sentiment, dans ce cas, est moins précis que le nôtre. Une sorte d'imagination n'est pas très développée en

elle, même dans l'amour, et dans l'amour sensuel: c'est l'imagination plastique, le sens précis des figures.

Un grand vague enveloppe ses impressions, et toutes ses énergies restent tendues pour la lutte. Jalouse,

elle combat avec une opiniâtreté, mêlée de violence et de ruse, dont l'homme est incapable. Ce même

aiguillon qui nous déchire les entrailles l'excite à la course. Dépossédée, elle lutte pour l'empire et pour la

domination.

Aussi la jalousie, qui chez l'homme est une faiblesse, est une force chez la femme et la pousse aux
entreprises. Elle en tire moins de dégoût que d'audace.

Voyez l'Hermione de Racine. Sa jalousie ne s'exhale pas en noires fumées; elle a peu d'imagination; elle
ne fait point de ses tourments un poème plein d'images cruelles. Elle ne rêve pas, et qu'est-ce que la

jalousie sans le rêve? qu'est-ce que la jalousie sans l'obsession et sans une espèce de monomanie

furieuse? Hermione n'est pas jalouse. Elle s'occupe d'empêcher un mariage. Elle veut l'empêcher à tout

prix, et reprendre un homme, rien de plus.

Et quand cet homme est tué pour elle, par elle, elle est étonnée; elle est surtout attrapée. C'est un mariage
manqué. Un homme sa place se fut écrié: «Tant mieux! cette femme que j'aimais, personne ne l'aura.

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Le monde est frivole et vain, tant qu'il vous plaira. Pourtant, ce n'est point une mauvaise école pour un
homme politique. Et l'on peut regretter qu'on en ait si peu l'usage aujourd'hui dans nos parlements. Ce qui

fait le monde, c'est la femme. Elle y est souveraine: rien ne s'y fait que par elle et pour elle. Or la femme

est la grande éducatrice de l'homme; elle lui enseigne les vertus charmantes, la politesse, la discrétion et

cette fierté qui craint d'être importune. Elle montre à quelques-uns l'art de plaire, à tous l'art utile de ne

pas déplaire. On apprend d'elle que la société est plus complexe et d'une ordonnance plus délicate qu'on

ne l'imagine communément dans les cafés politiques. Enfin on se pénètre près d'elle de cette idée que les

rêves du sentiment et les ombres de la foi sont invincibles, et que ce n'est pas la raison qui gouverne les

hommes.

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Le comique est vite douloureux quand il est humain. Est-ce que don Quichotte ne vous fait pas
quelquefois pleurer? Je goûte beaucoup pour ma part quelques livres d'une sereine et riante désolation,

comme cet incomparable Don Quichotte ou comme Candide, qui sont, à les bien

prendre, des manuels d'indulgence et de pitié, des bibles de bienveillance.

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