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Anatole France - Le Jardin d'Épicure

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Nous n'avons rien à faire en ce monde qu'à nous résigner. Mais les nobles créatures savent donner à la
résignation le beau nom de contentement. Les grandes âmes se résignent avec une sainte joie. Dans

l'amertume du doute, au milieu du mal universel, sous le ciel vide, elles savent garder intactes les

antiques vertus des fidèles. Elles croient, elles veulent croire. La charité du genre humain les échauffe.

C'est peu encore. Elles conservent pieusement cette vertu que la théologie chrétienne mettait dans sa

sagesse au-dessus de toutes les autres, parce qu'elle les suppose ou les remplace: l'espérance. Espérons,

non point en l'humanité qui, malgré d'augustes efforts, n'a pas détruit le mal en ce monde, espérons dans

ces êtres inconcevables qui sortiront un jour de l'homme, comme l'homme est sorti de la brute. Saluons

ces génies futurs. Espérons en cette universelle angoisse dont le transformisme est la loi matérielle. Cette

angoisse féconde, nous la sentons croître en nous; elle nous fait marcher vers un but inévitable et divin.

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Les vieillards tiennent beaucoup trop à leurs idées. C'est pourquoi les naturels des îles Fidji tuent leurs
parents quand ils sont vieux. Ils facilitent ainsi l'évolution, tandis que nous en retardons la marche en

faisant des académies.

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L'ennui des poètes est un ennui doré, ne les plaignez pas trop; ceux qui chantent savent charmer leur
désespoir; il n'est telle magie que la magie des mots. Les poètes se consolent, comme les enfants, avec

des images.

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En amour, il faut aux hommes des formes et des couleurs; ils veulent des images. Les femmes ne veulent
que des sensations. Elles aiment mieux que nous, elles sont aveugles. Et si vous pensez a la lampe de

Psyché, à la goutte d'huile, je vous dirai que Psyché n'est pas la femme, Psyché est l'âme. Ce n'est pas la

même chose. C'est même le contraire. Psyché était curieuse de voir, et les femmes ne sont curieuses que

de sentir. Psych cherchait l'inconnu. Quand les femmes cherchent, ce n'est pas l'inconnu qu'elles

cherchent. Elles veulent retrouver, voil tout, retrouver leur rêve ou leur souvenir, la sensation pure. Si

elles avaient des yeux, comment parviendrait-on à s'expliquer leurs amours?

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A Édouard Rod.

SUR LES COUVENTS DE FEMMES

Il est pénible de voir une jeune fille mourir volontairement au monde. Le couvent effraye tout ce qui n'y
entre pas. Au milieu du XIVe siècle de l'ère chrétienne, une jeune Romaine nommée Blésilla fit dans un

monastère de tels jeûnes qu'elle en mourut. Le peuple furieux, suivit le cercueil en criant: «Chassons,

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