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Anatole France - Le Jardin d'Épicure

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Plus je songe à la vie humaine, plus je crois qu'il faut lui donner pour témoins et pour juges l'Ironie et la
Pitié, comme les Égyptiens appelaient sur leurs morts la déesse Isis et la déesse Nephtys. L'Ironie et la

Pitié sont deux bonnes conseillères; l'une, en souriant, nous rend la vie aimable; l'autre, qui pleure, nous

la rend sacrée. L'Ironie que j'invoque n'est point cruelle. Elle ne raille ni l'amour, ni la beauté. Elle est

douce et bienveillante. Son rire calme la colère, et c'est elle qui nous enseigne à nous moquer des

méchants et des sors, que nous pouvions, sans elle, avoir la faiblesse de haïr.

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Cet homme aura toujours la foule pour lui. Il est sûr de lui comme de l'univers. C'est ce qui plaît à la
foule; elle demande des affirmations et non des preuves. Les preuves la troublent et l'embarrassent. Elle

est simple et ne comprend que la simplicité. Il ne faut lui dire ni comment ni de quelle manière, mais

seulement oui ou non.

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Les morts se prêtent aux réconciliations avec une extrême facilité. C'est un bon instinct que de confondre
dans la gloire et dans l'amour les ouvriers qui, bien qu'ennemis, travaillèrent en commun à quelque

grande oeuvre morale ou sociale. La légende opère ces réunions posthumes qui contentent tout un

peuple. Elle a des ressources merveilleuses pour mettre Pierre et Paul et tout le monde d'accord.

Mais la légende de la Révolution a bien de la peine à se faire.

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Le goût des livres est vraiment un goût louable. On a raillé les bibliophiles, et peut-être, après tout,
prêtent-ils à la raillerie; c'est le cas de tous les amoureux. Mais il faudrait plutôt les envier puisqu'ils ont

ornés leur vie d'une longue et paisible volupté. On croit les confondre en disant qu'ils ne lisent point leurs

livres. Mais l'un d'eux a répondu sans embarras: «Et vous, mangez-vous dans votre vieille faïence?» Que

peut-on faire de plus honnête que de mettre des livres dans une armoire? Cela rappelle beaucoup, à la

vérité, la tâche que se donnent les enfants, quand ils font des tas de sable au bord de la mer. Ils travaillent

en vain, et tout ce qu'ils élèvent sera ben tôt renversé. Sans doute, il en est ainsi des collections de livres

et de tableaux. Mais il n'en faut accuser que les vicissitudes de l'existence et la brièveté de la vie. La mer

emporte les tas de sable, le commissaire-priseur disperse les collections. Et pourtant on n'a rien de mieux

à faire que des tas de sable à dix ans et des collections à soixante. Rien ne restera de tout ce que nous

élevons, et l'amour des bibelots n'est pas plus vain que tous les autres amours.

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Pour peu qu'on ait pratiqué les savants, on s'aperçoit qu'ils sont les moins curieux des hommes. Étant, il y
a quelques années, dans une grande ville d'Europe que je ne nommerai pas, je visitai les galeries

d'histoire naturelle en compagnie d'un des conservateurs qui me décrivait les zoolithes avec une extrême

complaisance. Il m'instruisit beaucoup jusqu'aux terrains pliocènes. Mais, lorsque nous nous trouvâmes

devant les premiers vestiges de l'homme, il détourna la tête et répondit à mes questions que ce n'était

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